Cette histoire m'est arrivée il n'y a pas si longtemps, et je
commence, peu à peu, à m'en remettre. Non, non, je ne vous demande pas
de me réconforter, j'me soigne (rhem)... J'avais déjà publié cet OS du temps
d'Allunia, et j'avais également écris une suite en partie fictive...
Le montage contient un de mes dessins.
Ouais, moi non plus je ne trouve pas.
Bref, je suis seule. Ca me va bien ça, seule à la Solitude. Haha.
__J'avais fait la folie de me mettre en jupe. Une jupe toute simple, assez longue et pleine de volants. Je l'avais mis parce que je savais qu'il* aimait me voir en jupe. Je devinais qu'il* était au bar, avec tous les autres animateurs, Céline et Gael. Je saluai quelques vacanciers, restai à l'ombre des grands pins maritimes qui ombrageaient le parc, avançant de ma démarche de manchot empereur. Cependant, plus je m'approchai de la terrasse, plus je devinais que quelque chose clochait. Il* était bien là. Mais il y avait quelqu'un à côté de lui. Une fille. Ou plutôt un femme. Blonde, yeux verts, style surfeuse. Un peu plus et on aurait dit moi. Je n'étais pas jalouse, contrairement à Lui* qui ne supportait pas de me voir approcher ou même parler de mecs. Mais lorsque je les vis s'embrasser, je m'arrêtai net.
Est-ce que j'avais crié ou gémi, je n'en sais rien, mais Céline croisa mon regard, bien que je fusse encore relativement loin. Elle savait, et Gael aussi, à quel point je l'aimais. D'ailleurs, qui ne s'en était pas rendu compte ? Mes regards étaient transparents lorsque je posais les yeux sur lui*.
__Bien décidée à ne rien laisser paraître, je continuai de m'approcher, mais je bifurquais au dernier moment, préférant aller m'accouder au comptoir, l'air de rien. Matt, le barman, vint aussitôt à ma rencontre.
- Ca va ? Me demanda-t-il innocemment.
Un mec charmant, Matt. Toujours de bonne humeur, plein d'humour, il allait très bien avec Céline. De tous c'était peut-être celui dont je me sentais le plus proche. Il avait toujours le truc pour remonter le moral, et il savait toujours quand je n'allais pas bien. Genre, comme en ce moment.
- Ouais ça va et toi ? Répondis-je, ne laissant rien voir.
- Ouais nickel. J'te sers quelque chose ?
- Hum. Comme d'hab.
Il me tendis mon verre et reprit la conversation:
- Belle journée, hein ?
- Hum. Mortelle.
Et c'était rien de le dire...
En un éclair, j'avalai mon verre de menthe à l'eau et m'expédiais en dehors du bar. Malheureusement, Il me vit.
- Eh Lena ! Viens pas dire bonjour surtout !
Ah, le salaud. Il* allait me forcer à admirer son bonheur ? A contrecoeur, je me retournai.
- Viens, je dois te présenter quelqu'un.
J'étais consciente qu'il* me provoquait. Après tout, quand je suis sortie avec l'autre baltringue là, Romain, mon voisin de la Solitude, il a piqué une crise de Jalousie (avec un J majuscule siouplaît). Il paraît même, d'après Céline, qu'il en a pleuré. Et moi, comme une idiote trop entichée de lui*, j'avais rompu, ne supportant pas de le voir dans cet état. Cherchait-il à se venger ? Sans doute.
N'empêche, ce qu'il me fit après me détruisit intérieurement:
- Je te présente Fanny. Elle travaille au Parc de l'Estuaire.
Sur ces bonnes paroles, la dénommée Fanny se pencha et l'embrassa langoureusement. Je frisonnai d'horreur.
- C'est pas ta cousine à ce que je vois.
J'avais essayé d'insufler un ton ironique à ma phrase, histoire de cacher les tremblements qui commençaient à monter, annonçant les larmes.
Il ne répondit pas. Tous à la table guettaient ma réaction. Je sentais même le regard brûlant de Matt sur ma nuque. Quoi ? S'ils s'attendaient à une crise de jalousie ou de larmes, ils pouvaient toujours courir. Je n'ai jamais été du genre à exposer mes déboires dégoulinants en public.
- Non, je suis sa copine, répondit la blonde platine.
- Sans blague, moi qui pensais que c'était juste amical ! m'exclamai-je en levant les yeux au ciel.
__Si je n'avais pas été blonde moi même, j'aurai volontiers pensé que son cerveau souffrait d'une déficience accrue dûe à sa couleur de cheveux. Je serrai discrètement un poing dans ma poche, et m'aggripai à mon sac.
- Bon, vous m'excusez, mais je dois y aller.
- Je croyais que tu ne sortais pas ce soir ? me demanda Gael.
- J'ai changé d'avis. Bonsoir.
Je m'éloignais le plus calmement possible, retenant cette envie démesurée de me mettre à courir en hurlant comme une damnée. Surtout ne rien laisser paraître. Pas maintenant. Je ne lui ferais pas ce plaisir.
__Je sorti du centre et me dirigeai vers la piste cyclable qui traversait la forêt. A cette heure-ci, les cyclistes ne devaient plus être aussi nombreux. La nuit commençait à tomber, amenant avec elle quelques nuages noirs.
Je frissonnai. Le salaud !
Comment avait-il pu ? Comment avait-il osé ?
Tout ça parce qu'on avait neuf ans de différence et que j'étais la fille de son patron... Mon père n'en n'avait strictement rien à carrer, au contraire, il ne cessait de répéter qu'Il était le gendre idéal. Douce ironie, n'est-ce pas ? Tout ça parce qu'il n'osait pas...
Tout ça, alors que je lui plaisais. Même moi je le sentais, alors que je ne remarquais jamais rien. Toutes ces fois où il me disait qu'il me trouvait fatiguée et que je devrais me reposer, toutes ces fois où il me disait que j'étais belle, même si c'était sur le ton de la plaisanterie... Ses yeux ne plaisantaient pas, eux. Toutes ces fois où je sortais au ciné avec mes potes et qu'il en crevait de jalousie... Tous ces sous-entendus... Si ce n'était pas de l'attirance, qu'on m'explique alors ce que c'était, parce que ça ne pouvait être de l'amitié.
Il n'aimait pas me voir pleurer, et haïssait ceux qui me rendaient triste. Mais avait-il conscience du poignard qu'il venait de m'enfoncer dans le coeur ?
Pourquoi se permettait-il de me faire ça alors qu'il ne supportait pas que je fasse la même chose ? Pourquoi, hein ? Savait-il à quel point ça me blessait ? Ou alors avais-je tellement bien dissimulé mes sentiments qu'il n'avait rien calculé ? Impossible.
Il jouait avec mes nerfs. Il me narguait. Le message était clair:
Tu me plaîs mais tu es trop jeune et la fille de mon patron alors regarde ! J'en ai trouvé une autre t'as vu ? J'ai réussi à me passer de toi ! J'suis fort, hein ?
Non, tu es lâche. Tu es lâche, tu as peur de ce que diraient les autres. C'est tout. Et moi, je dois me taire. Pour qui passerais-je si je me mettais à pleurer pour toi*, hein ?
Mais pourquoi, malgré tout ça, n'arrivais-je pas à te détester ?
__Je marchai longtemps, tant et si bien qu'à la nuit noire, je me retrouvai sur le ponton de l'école de voile. Au loin, des éclairs zébraient le ciel. Sur la place, les forrains avaient fermé, et les lumières s'éteignirent une à une, chassant les derniers fumeurs de joins qui traînaient dans le coin. Je me retrouvai de nouveau seule.
J'attendais la pluie.
__Il y eût un coup de tonnerre, suivit de près par quelques gouttes. Enfin...
Dans ma tête, la même question se répétait, me martelant l'esprit, gravant au fer rouge les dernières images que j'avais de lui*.
Pourquoi ? Pourquoi ?
Pourquoi ?
La pluie s'intensifia, et je tendis mon visage vers le ciel, appréciant sa fraîcheur. Un début de tempête. A cinq mètres sous moi, la mer commençait à s'agiter. J'aurais dû m'affoler, rentrer, je n'en fit rien.
Pourquoi ?
Une à une, mes larmes se mêlèrent à la pluie qui était maintenant torrentielle. Le vent agitait mes vêtements trempés, faisant voler mon écharpe et ma jupe dans tous les sens. Mes cheveux dégoulinaient, et mon maquillage devait commencer à couler. Qu'importait. Au dessus de moi, l'orage grossissait, envoyant des éclairs par centaines.
Pourquoi ?
Que pouvais-je faire ? Je ne pouvais me résoudre à rentrer et à les voir, tous les jours...
Je savais pourtant, j'avais toujours su qu'il ne pourrait jamais rien se passer à cause de sa lâcheté... Mais alors, pourquoi m'étais-je accrochée ? Pourquoi m'avait-il donné de faux espoirs ? Pourquoi me faisait-il ça ?
Je m'approchai du bord, admirant les vagues qui s'écrasaient violemment contre les rochers, là, en contrebas. Que pouvais-je faire ? Que pouvais-je supporter ? Je l'ignorais. Mais en cet instant, je les oubliai, je m'oubliai, et je contemplai ces vagues, ce déferlement de la colère toute puissante de la nature.
Sans que j'y prenne garde, mes pas me menèrent à l'extrême bord du ponton, quand j'entendis une voix au milieu du tonnerre.
- Lena !
Je me retournai. C'était lui*. Que faisait-il ici ? Sa chérie devait l'attendre, non ? Pourquoi avait-il pris la peine de me chercher ? Pourquoi ?
- Lena, reprit-il lorsqu'il parvint à ma hauteur, ne saute pas.
- J'vais pas sauter, t'es con ou quoi ? Pause. Puis, réalisant sa présence: Et d'abord, qu'est-ce que tu fous là ?
- Je m'inquiétais, avoua-t-il, essouflé, en me prenant dans ses bras.
- Comme c'est touchant.
- Arrête Lena... Il est quatre heures du matin et personne ne savait où tu étais... On a eu peur... J'ai eu peur...
- Fallait pas. Je vais très bien.
- C'est à cause de moi ?
Je ne répondis pas. A quoi bon donner une réponse à ce qui est évident ? Je n'osais même pas croiser son* regard.
- Excuse-moi.
- Ouais c'est ça.
- Je voulais pas te faire de mal.
- C'est très réussi, bravo, quel talent !
- J'aime pas te voir pleurer.
- Tu t'y prends super bien dans ce cas.
- S'il te plaît.. Arrêtes...
Il* me serra contre lui, une nouvelle fois. De toutes ses forces. Son parfum me heurta de plein fouet, et je lui rendit son étreinte. Je savais, j'avais toujours su, que je devrais me contenter de ça.
Seulement de ça.
Pour toujours.