Cette fois, les faits réels ne vont que jusqu'au 27 aout inclus.
Sachez que désormais, je considère cette histoire comme définitivement close.
Pour le montage, il s'agit de mes dessins, encore XD
25 Aout - 12h45
- Waw Lena, je savais pas que t'arrivais à te mettre debout tout le temps sur ta planche !
- J'en ai fait une semaine à Paques, j'avais déjà appris...
- Ouais mais tu surfes vachement bien pour une débutante.
- Erf >.< Merci Gael. Niveau débutant t'es pas mal non plus.
- Ouais heu débutant débutant... Ca fait deux mois que je surfe ma p'tite dame ! Deux mois ! Et ouais ! Tiens regarde, avec ce vent off-shore les vagues sont parfaites pour le take-off, mais fais gaffe à la bahine et mets de la wax hein ! Eh ! Lycra !
- Ouais, lycra ! répondis-je en m'exclaffant.
Lycra était le premier mot de surf que Gael avait apprit. Jusqu'à ce qu'il comprenne que c'était un vêtement, il avait été persuadé qu'il s'agissait d'un terme hypra technique de surf. La belle affaire ! Depuis, lycra restait un signe de reconnaissance entre nous.
La matinée avait été parfaite: Soleil, chaleur, et surf.
De purs moments partagés entre nous six. Enfin, entre nous cinq. Un seul ne m'avait pas adressé la parole une seule fois. Cela m'aurait affecté si j'avais été privée du plaisir de la glisse. Cette fois-ci, et pour la première fois de ma vie il me semble, je passai outre.
Je ne m'en suis rendue compte que lorsque ma mère m'a demandé comment ça c'était passé, le soir, dans mon studio de Nantes. Nous avions tout repeint, et la discussion avait finalement dérapé sur Lui* et les relations que nous entretenions ces derniers temps. Et, chose incongrue, je n'avais même pas remarqué qu'il ne m'avait pas parlé avant que ça ne soit évoqué.
Je m'améliorais, dans ma thérapie.
27 Aout - 23h35
J'étais assise nonchalamment sur une table en bois de la terrasse du bar. Les jambes brassant l'air, je sirotais mon coca en fixant la pleine Lune qui illuminait les alentours. Il avait fait très chaud ce jour-là. Les premiers vrais jours d'été, comme on disait ici pour plaisanter.
Mon contrat avait fini par toucher à sa fin. C'était fini, je n'étais plus serveuse. Romain était parti, emportant avec lui sa haine qui avait commencé à contaminer tout le monde. Beaucoup de monde était parti d'ailleurs, mais il me restait l'essentiel, ceux avec qui je partageais tout désormais: Gael, Céline, Matt, Flo, et surtout lui*.
Lui* qui avait hanté mon été pour la deuxième fois. Lui* qui m'avait préféré une autre. Lui* qui était de nouveau célibataire parce qu'elle l'avait jeté lamentablement par texto : "au fait, j'ai un copain depuis un mois et demi, j'ai oublié de te le dire"
J'étais bien heureuse qu'il restât jusqu'à la toussaint auprès de moi, et je lui avais tout pardonné. Car, bien que je ne travaille plus, je restais tout de même la fille du directeur, et par conséquent je bénéficiais d'un status spécial qui me permettais de continuer à faire les spectacles et de venir ici, les voir.
Le spectacle de ce soir-là était de loin mon préféré: j'y dansais avec Lui*.
C'était l'avant-dernier auquel je pourrais participer: il me faudrait bientôt m'en aller pour mes études. Gael m'avait dit que mon départ signerait la fin de ce spectacle. Toutefois, je craignais qu'on décide de me remplacer, de trouver quelqu'un pour danser avec Lui*. Un hantise bien bête, je vous l'accorde.
Comme la dernière fois que nous nous étions vus, Il* m'avait pratiquement ignorée, préférant embêter Sophie, mariée, une fille. "Mais tout le monde sait que je préfère les femmes mariées", qu'il aime à répéter. Devant moi qui plus-est. Ma soeur était également là. Bien qu'elle n'ait que treize ans, elle était de ma taille, un fait des plus rageants. Elle était sa* "petite soeur spirituelle". Aussi, il adorait la prendre dans ses bras.
Gnagnagna.
Ce fut le bruit d'un verre que l'on posait sur la table, juste à côté de moi, qui me fit sortir de mes pensées sombres. Je levai la tête. C'était lui*, bien évidemment. Il vint s'asseoir à mes côtés, et, à ma grande surprise -tellement grande que je dûs en béer d'étonnement- il entama la conversation.
Nous parlâmes beaucoup, de tout. American Pie, Hot Shot, du surf, des études, de Nantes, de mon prochain départ, et nous évoquâmes l'hypothétique réaction de mon père le jour où je lui présenterais mon copain.
Cette dernière réflexion me lacéra le coeur, et je baissais les yeux sur mes genoux, tandis que je l'entendais dire de telles horreurs avec détachement. Comprenait-il à ce moment-là que je voulais que ce copain, ça soit lui, et seulement lui ?
Il parlait de devenir commercial, de quitter l'animation. Ce qui voulait dire, et je le saisi avec force battements de coeurs, qu'il ne reviendrait peut-être plus jamais ici.
- Tu pourrais aller au bureau de Nantes, suggéra ma soeur avec sa naïveté habituelle. Tu logerais chez Lena !
Blanc. Beaucoup, beaucoup trop naïve.
- Ouais, et on ferait l'amour comme des bêtes, enchaîna-t-il pour combler le silence.
- Ouais, et on réveillerait les voisins ! renchéris-je, trop contente de pouvoir dissimuler les pensées pas très catholiques que ma soeur m'avaient inspirées.
Nouveau changement de sujet. Le départ pour Punta Cana se précisait, nous avions hâte.
15 Octobre - 2h01
C'avaient été dix jours fabuleux. Peut-être les meilleurs de ma vie, allez savoir. Dix jours au soleil, à surfer et boire comme des trous. Dix jours et dix nuits, passées dans la même chambre que Lui* pour nous éviter de payer le supplément "chambre individuelle".
Il ne s'était rien passé, évidemment. Bien que je me sois faite à l'idée, je ne pouvais m'empêcher d'espérer encore un peu. Surtout quand, feignant le sommeil, je le sentais qui m'observait, là, tout près.
Il* m'en avait encore fait de belles, sur la plage. Les nanas en bikinis étaient "trop bonnes" et lui faisaient "dresser le zizi" (Brice de Nice). Et moi, allongée à côté de lui, sur le ventre pour tenter de rattraper mes nuits blanches, recouverte par mon paréo parce que je n'aimais pas mes jambes... Nous étions si près, et pourtant si loin...
Quoiqu'il en soit, ces vacances resteraient pour moi les plus belles.
J'étais tellement bête de vivre de sa présence.
Mais voilà que maintenant, l'air allait me manquer.
C'était fini.
Nous étions revenus. J'allais les quitter. Le* quitter. Nous étions à Paris, à la gare Montparnasse, et j'attendais sagement le train qui me ramènerait à Nantes d'ici sous peu. Ils étaient tous là, autour de moi, et m'étreignaient déjà tour à tour, bien que mon départ ne soit que dans une dizaine de minutes.
- Allez, t'en fais pas, me dit Flo, on se reverra, on reste ici cet hiver, avec Gael.
- Ouais, et puis tu nous as dit que Nantes n'était pas si mal, continua celui-ci en m'enlaçant la taille, comme à son habitude.
- Ouais, mais bon...
- Tu vas vite te trouver un mec...
Je le* fusillai du regard. Voila qu'il remettait ça sur le tapis ! Mais de quel mec parlait-il ? De lui ?
- Ben quoi ? me répondit-il.
- Roh tu piges rien toi ! lui chuchota Céline en lui donnant un coup de coude.
- Salut Len', me dit simplement Matt en me tapant une bise accompagnée d'une accolade. Te morfonds pas trop, je sais que j'vais te manquer.
J'éclatai de rire malgré moi. Les nerfs, sûrement. Puis vint le tour de Céline, qui me pressa le bras, comme pour me réchauffer par un temps de grand froid:
- Allez courage bichette. On se revoit l'été prochain au plus tard. Sinon on vient squatter !
- Quand tu veux, répondis-je, les larmes commençant à envahir mes yeux.
Il n'en restait plus qu'un.
Lorsque Céline s'éloigna, je me tournai immédiatement vers lui.
Nous échangeâmes des regards gênés, tristes. Je voulais me blottir dans ses bras, et pourtant, je m'en empêchai, comme la pauvre sado-maso que j'étais. Que diraient les autres ? A vrai dire, qu'est-ce que j'en avais à faire, des autres, en cet instant précis ?
Il* dut penser la même chose, car je sentis deux bras autour de moi, et, bientôt, ma joue vint se poser contre son torse. Je lui rendis son étreinte sans me poser la moindre question. C'était bien la première fois.
Du coin de l'oeil, je remarquai que les autres s'étaient éloignés vers le kioske, moyen assez discret de nous laisser tous les deux.
Tous les deux...
Je frissonnai.
Si seulement un "tous les deux" était envisageable.
- Bon, ben... à cet hiver, alors, commençai-je.
- Je ne serais pas aux Karellis cet hiver...
- Ah.
Coup de poignard.
- Ben à l'été prochain, dans ce cas...
- Je ne reviendrais pas non plus...
- Quoi ?
Deuxième poignard. Mes yeux me picotèrent désagréablement, et je dus lutter contre la montée des larmes. Je n'avais définitivement pas envie de passer pour une faiblarde.
- Mais... alors on... on se revoit... quand ? Demandai-je d'une voix tremblante.
- Je sais pas.
- On se reverra quand même, non ?
- Je ne pense pas...
Troisième poignard. Combien de temps mon coeur tiendrait-il ?
- Ca veut dire... que c'est la dernière fois... qu'on se voit ?
Après un instant d'hésitation, il finit par acquiescer, faisant déborder mes larmes au passage. Il ne fallait pas qu'il les voit. J'enfouis ma tête dans son bras, tentant au mieux de dissimuler ma peine. Malheureusement, mes épaules tressaillaient, et il finit par s'en rendre compte.
- S'il te plait... Ne pleure pas...
- Pardon... J'fais pas exprès...
- Je ne veux pas que tu pleures pour moi. Je ne le mérite pas.
- Quoi ?
- Tu trouveras quelqu'un, j'en suis sûr... Je me fais aucun souci pour ça.
- Où tu vas ?
- A New York.
Je grimaçai. Si loin ?
- Pourquoi ?
- Mon père vit là-bas. Je vais travailler dans son entreprise. Allez... Regarde autour de toi, il y en a d'autres ! Tu es belle, intelligente, intéressante, tu ne resteras pas seule...
- Mais je veux pas... Je veux pas...
Les mots furent longs à arriver et à prendre forme dans ma bouche, mais, au bout d'un an, je parvins enfin à les prononcer.
- Je veux pas d'un autre... C'est toi... que je veux...
- Pourquoi tu dis ça ?
- Mais parce que je t'aime gros naze ! Explosai-je entre mes sanglots. Je t'aime, tu vois ? Et ça... depuis pas mal de temps. Mais toi... tu ne l'as jamais vu...
- ...
- Tout l'été... tu m'as ignorée, en draguant cinquante gonzesses à la fois, sous mon nez...
- Pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt ?
- Tu crois que c'est facile à dire ?
- Ben...
- Je sais très bien comment tu aurais réagis. Je suis la fille du boss, hein ? Mais je suis majeure ! Majeure, merde quoi ! J'ai le droit de faire ce que je veux, j'ai plus besoin de l'autorisation de personne !
Il soupira, et posa son front contre le mien, me forçant à lever les yeux vers lui.
- Tu n'as aucune idée de la réaction que j'aurais pu avoir.
- Tu m'aurais repoussée.
- Peut-être. Je sais pas.
- T'avais ta Fanny, pis t'as eu Charlotte. Qu'est-ce que je pouvais faire, moi, face à ça ?
- Me dire...
- Mais je pouvais pas !
J'éclatai de nouveau en sanglots, tout en me disant que je passais pour la reine des cruches, gnangnan et tout le tralala. Même si je me sentais mieux maintenant que je lui avais lus ou moins tout balancé.
- Si je te le dis maintenant, c'est uniquement parce qu'on ne se reverra jamais...
- T'es SM...
- Ouais.
- Tu aurais dû me le dire...
Il embrassa mon front. Puis ma tempe. Ma joue.
Très lentement, lui aussi tremblant que moi, il effleura mes lèvres pour finalement déposer un baiser sur le coin de ma bouche.
Dans un bruit qui me parut très lointain, j'entendis les haut-parleurs annoncer l'entrée en gare de mon train.
Il me serra contre lui à m'en couper le souffle, puis me relâcha, me poussant presque dans mon compartiment. Il avait les yeux brillants.
Je me trouvai une place près de la fenêtre, et rivai mon regard sur le quai. Les autres l'avaient rejoint et me faisaient de grands signes. Lui me tournait le dos.
Il ne se retourna que lorsque le train s'ébranla et me suivit jusqu'à ce que je sois trop loin. Il avait pleuré, ou était à deux doigts de le faire. J'enregistrai cette dernière image à tout jamais dans ma mémoire.
Le train tourna, et les quais disparurent, emportant avec eux leurs occupants. Et Lui.
Adieu... toi, dont je n'arriverais plus à prononcer le nom.