.One Shot #5.3 .Ce n'est pas humain.

.One Shot  #5.3 .Ce n'est pas humain.


Elle débarqua très rapidement, n'attendant même pas que l'embarcation ait touché le rivage pour s'y précipiter.
Le collège n'était pas très loin, aussi Nessa rasa-t-elle les murs le plus silencieusement possible. Un étrange soulagement l'habitait, car les cris de tous les malheureux qui y passaient étaient à l'opposé de sa direction, ce qui voulait peut-être dire que le collège n'avait encore rien eu.

Forte de ce nouvel espoir, et avec le visage inquiet de Wyatt en tête, elle avança vers les grilles ouvertes en courant. L'espace était à découvert, il valait mieux qu'elle ne s'attarde pas trop.
Ils avaient planté de nouvelles fleurs. Vertes. Elle ne savait même pas que ça existait, et cela lui retourna l'estomac lorsqu'elle crut voir les pétales former le visage d'une personne verdâtre. Elle serra davantage son arme dans la main, qui lui semblait tout à coup bien fragile...
Il lui semblait que son coeur n'avait jamais battu aussi vite. Lorsqu'elle pénétra dans le bâtiment, elle trouva l'accueil vide, et passa derrière sans hésiter à la recherche de l'emploi du temps de la 3°4. Il peut vous paraitre cruel que Nessa ne fasse pas un appel à l'aide du micro, mais elle préférait en réalité laisser les enseignants s'occuper des enfants, qui seraient bien plus en sécurité dans une classe aménagée exprès que dehors, paniqués et livrés à eux-mêmes et aux créatures. Seulement, elle voulait récupérer sa soeur, car elle avait une arme, et elle pourrait la défendre.

Comme pour illustrer sa pensée, la jeune femme trouva, seule à l'angle d'un couloir, une petite fille, l'air rêveur.
- Excuse-moi..., se risqua-t-elle à appeler.
Devant l'absence de réaction, elle insista:
- S'il te plait, dis-moi... Tu es en quelle classe ?
La petite fille se retourna alors. Nessa recula. C'était la fille Junot, ou avait été. Elle souriait l'air de rien, d'un sourire de petite fille qui vient de faire une bonne blague à son frère, mais elle transpirait. Beaucoup, et sans que ses vêtements soient mouillés.
- Tu es Maria ? Maria Junot ? Demanda Nessa en serrant son bâton à s'en briser les doigts.
- Qui ?
Son sourire changea. Il était devenu plus carnassier, et découvrait une dentition qui était tout, sauf humaine. Une dentition de requin, mais avec une seule rangée de dents, toutes pointues et brillantes. Elle s'écarta de la fenêtre, et Nessa put enfin voir la couleur de sa peau.
Elle était verte.
- Maria, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- J'sais pas. J'ai faim. Tu veux jouer avec moi ?


Nessa se sentit blêmir. Ainsi, quelqu'un était déjà venu ici, et avait eut Maria. Combien d'autres avaient-ils eu ?
- Maria, questionna la jeune femme en contrôlant avec peine ses tremblements. Maria dis-moi, tu as le droit de manger ?
- Sais pas. Ils m'ont rien dit. J'entends rien alors je suppose qu'il n'y a pas de limite,
ricana-t-elle de sa voix fluette.
- Ecoute, reste ici, je reviens jouer avec toi dans deux minutes, d'accord ?
- NON, c'est MAINTENANT que je veux jouer !


Avant même qu'elle n'ait eu le temps de faire un pas, la petite fille s'était jetée sur elle. Son bâton s'interposa au dernier moment, et Maria rebondit dessus comme une balle. Nessa tourna les talons et s'enfuit dans les couloirs.
Le collège avait trois étages, en plus du rez de chaussée, et deux escaliers à chaque extrémité. Nessa courut à en perdre haleine.
Elle avait l'intention de revenir chercher sa soeur plus tard, lorsqu'elle aurait soit semé, soit battu Maria Junot.
Derrière elle, un cri de joie retentit alors qu'elle se trouvait en haut des escaliers. Elle se retourna, son arme pointée devant elle, mais le petit monstre s'arrêta et se mit à dévisager Nessa d'un air insolent.
- Tu veux essayer de me tuer ? Tu sais que si tu me tues, tous les autres vont venir ? Tu sais que nos esprits sont liés ? Tu sais ce qu'ils font dans le village ?
- Tu le sais, toi.
- Ouais. Ils te cherchent, hihi !
- Quoi ?
- Ils savent que tu as fabriqué ça,
gloussa-t-elle en montrant le bâton. D'ailleurs à l'heure qu'il est... ils doivent débarquer chez toi.
Ce fut comme une coup de poignard dans l'esprit de Nessa. Chez elle...
- Et moi je suis ici, je vais me faire un plaisir de me charger de ta soeur... Céris, c'est ça ?
- Petite garce !

Sans plus de cérémonie, Nessa enfonça son bâton dans le coeur de la fillette. Cette dernière eut un hoquet de surprise et observa un liquide bleuâtre s'échapper de sa poitrine avec étonnement. Elle leva ses yeux embués vers la jeune femme.
- Mauvaise réponse... Dit-elle dans un dernier souffle.
Ses longs cils noirs se fermèrent sur ses yeux sans la quitter du regard.

Nessa soupira. Elle avait eut chaud. Elle retira son arme de la poitrine de son ennemie et l'observa brièvement. Ce fut là sa dernière erreur.
Maria Junot n'était pas morte. Du moins, pas encore. Elle ouvrit les yeux brusquement et se jeta sur la jeune femme qui n'avait rien vu venir. Maria traversa le corps de Nessa, emportant dans son sillage un voile de fumée blanc.
Nessa regarda son âme s'envoler avec un cri de fureur. Puis Maria s'effondra, lui arrachant un nouveau cri de haine.
A sa droite, une porte s'ouvrit, laissant apparaître le visage inquiet d'un professeur. Il hurla lorsqu'il aperçut la jeune femme. Mais elle avait été plus rapide, et elle bloqua la porte avant de la repousser avec violence, envoyant le pauvre enseignant s'écraser contre le mur. Ce fut le début des cris.
Au loin Nessa sentait que ses congénères arrivait, et elle sentait son sang bouillir d'impatience. Elle voulait retrouver sa soeur.
- Nana !
En parlant du loup.

Nessa sourit, de son sourire sadique qui commençait déjà à se transformer, et se rua sur elle. Sans défense, Céris cria et ferma les yeux avant de sentir le corps froid de sa soeur l'effleurer. Une minute plus tard, elle-même se jetait sur ses camarades de classe.

C'était le début de l'assainissement total, leur but ultime. C'était aujourd'hui que les humains allaient tous diparaître. Non ?




To Be Continued . . .




# Posté le lundi 04 février 2008 16:46

Modifié le dimanche 13 avril 2008 12:12

.One Shot #5.4 .Ce n'est pas humain.

.One Shot  #5.4 .Ce n'est pas humain.


Un regard nouveau illuminait l'esprit de Nessa. Elle voyait le moindre relief, sentait la moindre odeur, ressentait la moindre variation thermique qui caractérisait les humains, c'était formidable !
A travers ses nouveaux yeux, elle sortit de l'établissement scolaire en direction du centre ville. Elle sentait quelque chose, une odeur particulière, qu'elle avait du connaître avant, mais qui lui chatouillait les narines. Elle éternua.
En face d'elle, trois autres Lamalas arrivaient pour maitriser le carnage de l'école. Il ne prêtèrent même pas attention à cette jeune Lamala qui marchait les yeux fermés et le nez en avant, guidée par cette seule odeur très énervante.
Tout compte fait, ce n'était pas pour aujourd'hui. La petite nouvelle avait perdu le contrôle et échappé à son créateur. Le pire, et Nessa était en train de le réaliser, c'était qu'elle aussi avait été le fruit d'un débordement. Mais elle avait confiance. Les humains grouillaient partout, à la manière écoeurante des fourmis dans une fourmilière. Beurk.

Elle avait parcouru le chemin qui la séparait de l'odeur à une vitesse effarante. Elle sourit. Ca aussi, ça faisait partie de ses nouveaux pouvoirs ? Voila qui était très intéressant...
Son instinct lui disait qu'elle touchait au but, et quelque chose d'autre encore lui disait qu'elle était déjà venue ici. Mais quoi...

Au fur et à mesure qu'elle se rapprochait du point culminant des cris et de la peur éprouvée par les humains, elle sentait l'odeur qui s'amplifiait également. Oui... Donc il était là.
Elle tourna à l'angle d'une rue, et déboucha sur une immense place pavée. La majorité des habitants s'y était rassemblée et criait, battant l'air avec de longs bâtons. Des bâtons de bois, visiblement travaillés. Elle s'approcha davantage en prenant soin de passer inaperçue.
Il émanait des ces objets une sorte d'aura terrifiante, qui lui criait un danger.
- On les tient ! Il nous faut juste le temps de fabriquer ces armes !
Qui avait dit ça, déjà... ?

Un cri d'horreur et de désespoir la fit revenir brusquement à elle. Furieuse de s'être laissée distraire, Nessa fit volte face en montrant ses crocs. Ces armes étaient dangereuses. Il fallait les éviter, et fuir, très loin et très vite. Mais elle n'en eût pas le temps.
De nouveau détournée de ses idées, elle sentit cette odeur si familière et si étrange la heurter de plein fouet. La faim revint aussitôt.
Il était tout près.

Sans y prendre garde, elle s'était approchée de la foule qui luttait contre ses semblables, les Lamalas. Ils étaient une dizaine, peut-être plus, et ils tenaient les humains, une bonne partie de la ville en respect rien qu'en leur tournant autour. Son odorat la força à orienter la tête vers l'extérieur du cercle des habitants.
Il y avait des humains, des mâles visiblement, qui formaient une barrière active entre les Lamalas et les autres. Ils portaient tous ce bâton mortel, et étaient dirigés avec acharnement par un jeune homme aux cheveux aussi noir que ses vêtements. C'était de loin le plus enragé, et aucun Lamala n'osait trop s'approcher.
- Si vous vous approchez, je vous tue ! Hurlait-il.
L'odeur émanait de lui.
A cette distance si infime, elle faisait carrément perdre la raison à Nessa. Elle s'approcha lentement, le regard chargé de curiosité, vers cet humain qui sentait si bon, et si mauvais. Sans un regard ni une oreille pour les villageois qui s'étaient tus en la voyant, elle.
Cet homme lui disait quelque chose.

C'est alors que son regard croisa le sien. L'expression d'une joie immense illumina son visage durant quelques secondes, de courtes secondes, avant de se transformer, trait après trait, en un rictus d'horreur.
- Nessa ? Demanda-t-il d'une voix blanche.
Ce visage mystérieux et charismatique... Oui, il lui disait quelque chose. Etrangement, c'était quelque chose qu'elle savait agréable, et tout se mélangeait d'un coup dans son esprit, tandis qu'elle entendait l'humain hurler de toutes ses forces un prénom. Nessa.
Au travers du voile flou qui avait recouvert ses sens, la jeune Lamala vit des gens, d'autres humains, se jeter sur celui qui sentait si bon pour le retenir.
Elle eut un mouvement de recul.
Il voulait se jeter sur elle ?
- NESSA ! Nessa non ! Non Nessa... NESSAAAAA !
Encore ce nom.
- NESSA TU AVAIS PROMIS QUE TU REVIENDRAIS ! NESSA ! NOOON !
Il avait vraiment l'air triste, et il était si pâle que sa peau ressemblait à la sienne. Son visage luisait de larmes tandis qu'il se débattait de toutes ses forces, la main tendue vers elle.
- LAISSEZ-MOI ! NESSA ! NESSA REPONDS-MOI !

Les Lamalas avaient commencé à s'agiter. A se rapprocher de lui. Elle sentait clairement leurs esprits qui disaient "cet humain-là est dangereux, on s'en occupe". De Wyatt.
Alors qu'ils allaient se jeter sur lui, un cri perçant retentit.
Un aigle.
- Ankara ?
"On ne meurt pas. On devient l'un d'entre eux." "ils arrivent " "Nessa !"
Nessa ferma les yeux.
"S'il te plait, si jamais tout ça tourne mal pour moi... Tue-moi."
"Je t'aime, Wyatt."


Elle ouvrit brutalement les yeux. Cet humain. Il ne fallait pas qu'ils le touchent !
Elle bondit de toutes ses forces pour atterrir devant Wyatt.
Elle défia ses congénères du regard.
Poussa un cri perçant, qui n'avait plus rien d'humain.
Le jeune homme, dans son dos, s'était tu. Les autres observaient la jeune créature.
Finalement, après plusieurs minutes de confrontation visuelle, la tribu des Lamalas se jeta sur Nessa.
- NON !
Mais Wyatt n'eut pas le temps de s'interposer. Nessa elle-même ne vit rien. Elle sentit juste qu'on la traversait, et se demanda pourquoi. Dans sa tête, les cris de désespoir de celui qu'elle aimait résonnèrent comme l'appel de l'au-delà.




C'était fini. Les créatures s'étaient retirées. Emportant avec elles leurs nouveaux compagnons. Laissant le chaos. Il y avait eu plus de victimes, cette fois. Les gens étaient rentrés chez eux.
La nouvelle de la disparition de la famille Archasya avait choqué tout le village. La soeur, les parents, et même elle, la fille qui disait tout haut ce que les gens craignaient tout bas. Il ne fallait pas, surtout parler des créatures. Ils le savaient bien. Sa disparition à elle en était bien la preuve.

La place du marché était vide.

Seuls restaient un jeune homme, tout de noir vêtu, les cheveux barrant ses yeux aussi noirs qu'un corbeau. Ses yeux qui pleuraient tout ce qu'ils pouvaient.
Sur ses genoux, il avait déposé la tête de Nessa. Elle gisait au sol, comme un pantin désarticulé, cassée. Elle respirait faiblement, et sa peau semblait se débarrasser de sa couleur verte et luisante. Son souffle sifflant inquiétait Whyatt.
Ses mains fébriles passaient et repassaient dans les cheveux clairs de la jeune femme. Ses yeux étaient encore ouverts, et laissaient paraître tous les efforts qu'elle mettait à les garder ouverts.
Elle sourit faiblement.
- Je me souviens de toi... murmura-t-elle.
Wyatt hoqueta entre deux sanglots, comme un rire nerveux noyé.
- Je savais bien que je ne pourrais pas t'oublier...
- Repose-toi, Nessa,
chuchota le jeune homme en posant son doigt sur les lèvres sèches de Nessa. Tu auras tout le temps de me raconter...
- Wyatt... Je... vais mourir... Ils m'ont ôté la vie, en tant que Lamala... et je vais perdre aussi celle d'humaine...
- Ne dis pas de bêtises, tu es forte Nessa, tu as déjà vécu pire...
- J'ai attaqué ma propre soeur Wyatt...
sanglota-t-elle en s'aggripant aux vêtements du jeune homme.
- Ca va aller... tu vas venir vivre à la maison... Tout va rentrer dans l'ordre, tu verras...
- Excuse-moi... J'avais juré... Je n'aurais pas réussi à tenir ma promesse... C'était tellement idiot... Il y en avait déjà un au collège... Je me suis fait avoir bêtement............ J'ai tué ma soeur...
- Nessa...
- Wyatt... On peut les tuer. Il suffit de leur planter l'arme dans le coeur. Elle le traverse facilement...
- Tais-toi, s'il te plait, garde tes forces... Les pompiers vont arriver...
- Dans trop longtemps, comme toujours,
ironisa-t-elle en toussant. De toute façon, ils ne peuvent rien faire... J'ai été punie parce que je ne voulais pas qu'ils t'aient à ton tour... C'est une... une réaction inhabituelle... Alors.... J'ai simplement été punie...
- Nessa !

La jeune femme avait perdu ses derniers attraits de monstre, et toussait de plus en plus fort.
- Surtout... n'oublie pas Wyatt... N'oublie pas... N'oublie pas que je... t'aime.
- Nessa !?
- Je t'aime...
- N-NESSA ! Reste avec moi !
- Pardon...


Dans le ciel, le cri perçant d'Ankara déchira le silence, tandis qu'à terre, Wyatt poussait un nouveau cri de douleur.
C'était fini.
Plus jamais il ne la verrait bouger. Elle...
C'était fini.


Tiphs_________


Et voilà, c'est fini.
Ce One shot vous a-t-il plu ?


# Posté le mardi 05 février 2008 16:11

Modifié le samedi 26 avril 2008 12:53

.One Shot #6 .Une marginale....

.One Shot  #6 .Une marginale....

A la base, cet OS n'aurait pas dû être sur ce sujet.
Mais au final, cette version me satisfait plus !
L'image est de Nene Thomas que j'ai vaguement retouchée.




De toute ma vie, jamais je n'avais rencontré une personne aussi étrange.
Et seule.

Elle était là, face à moi, l'air de rien. Avec ses grands yeux noirs et sa peau blanche, qui semblait n'avoir jamais vu le soleil.
Nous étions en janvier. Un samedi ensoleillé.


Comme à mon habitude, j'avais profité du temps pour m'aérer les poumons. Ce parc était pour moi un oasis au milieu de la ville.
Il n'avait rien de bien exceptionnel: un étang, un chemin de galets blancs, des arbres hauts et touffus, des bosquets de fleurs pastels, des bancs... En général, je terminais toujours ma promenade par ce lieu.
Allez savoir pourquoi, il m'apaisait.
Il n'y avait jamais grand monde. Parfois, je croisais un artiste à l'esprit romantique qui immortalisait les cerisiers en fleurs ou les cygnes sur l'eau. Très rares étaient les parents qui venaient, trop méfiants du plan d'eau qui menaçait leur précieuse progéniture.
Je m'étais assis sur un banc pour goûter à la plénitude qui m'était offerte, lorsque je l'avais aperçue.

J'avais d'abord cru à une vision.


La fille était perchée sur une branche haute, au-dessus de l'étang qui me faisait face. De taille moyenne, elle n'était vêtue que d'un débardeur à rayures blanches et noires, d'une jupe qui lui arrivait au-dessus des genoux, de hautes chaussettes rayées, assorties à son haut, de mitaines blanches et d'une grosse écharpe de laine. J'en eu des frissons rien qu'à la contempler.
Elle ne portait pas de chaussures.

Négligemment adossée au tronc, une jambe pendant dans le vide, elle avait le regard tourné vers un horizon qu'elle était sans doute la seule à voir.
Ses cheveux, d'un blond presque blanc, ondulaient sous une brise inexistante, fins comme de la soie.

Bien que je ricanai intérieurement devant cette marginale -il y en avait tellement, en ville- je ne pouvais en détacher mon regard; il m'attirait comme un aimant.
Un ange.
Pour monter à cette hauteur, il fallait forcément en être un, à la réflexion.


- Et alors mon garçon, qu'es-tu en train de contempler avec cet air béat ? Tu as vu un ange ou quoi ?

Je mis du temps à comprendre que cette voix éraillée s'adressait à moi.
Je dévisageai l'inconnu quelques instants, sans daigner lui répondre. De quoi se mêlait ce vieillard ?

- Prends garde aux elfes sylvains, mon grand, reprit-il avec un sourire usé. Elles sont prêtes à tout pour conserver leur territoire.

Agacé, je jetai un oeil sur la branche.
Elle était toujours là.
Le vieil homme avait disparu lorsque je me retournai.
Bah !
Je me rassis sur mon banc, toujours aussi fasciné. Elle paraissait si frêle, vue d'ici...
Comme si elle avait senti mon regard, la jeune femme changea de position, grâce et harmonie, et ses yeux vinrent percuter les miens. Je crus en défaillir.
Sa peau était blanche. Trop blanche. Ses sourcils étaient aussi blonds que ses cheveux. Son visage était doux. Un visage aussi charmant que la Lune, terriblement beau. Terriblement triste.
Mais le plus impressionnant étaient ses yeux. Beaucoup trop noirs au milieu de toute cette blancheur, immenses et perçants. Accusateurs. Ils me clouèrent sur place.

Elle semblait étonnée.
Que je la regarde, ou que je puisse la voir ?
Les paroles stupides du vieil homme me faisaient tourner la tête. Il fallait que je me ressaisisse.

La jeune fille sauta de son perchoir. Un geste qui sembla ne lui poser aucun problème. Elle atterrit souplement, tel un félin, avant de se redresser, mettant en valeur sa silhouette à la taille fine, si attirante qu'elle...
Je me sentis rougir.
Elle continuait de m'observer, un air surpris sur son visage angélique.
Puis elle s'assit sur le banc en face de moi, ramena ses jambes sous son menton et les croisa au niveau des chevilles. Pencha la tête sur le côté, libérant quelques mèches qui allèrent s'envoler.
Sa beauté mélancolique me frappa en pleine poitrine. Autour d'elle, quelques papillons s'envolèrent de fleurs colorées. Des papillons, des fleurs ? En hiver ?
Je me forçai à reprendre mon souffle.

Un sourire.

Un message.

Je clignai des yeux.
Lorsque je les rouvris, le banc en face de moi était vide.
Il n'y avait plus personne.

J'étais seul, et je me sentais triste à en pleurer.



Tiphs_________



# Posté le mercredi 12 mars 2008 15:55

Modifié le mercredi 25 juin 2008 09:45

.One Shot #7 .Leçon d'escalade.

.One Shot  #7 .Leçon d'escalade.


A la fin du repas, qu'elle n'avait passé qu'avec Alinoé et Lyham, les autres étant partis pour une énième mission, Zam débarqua dans la cuisine, un air de défi sur le visage. Il croisa les bras et vrilla Leah du regard. Le silence se fit aussitôt et la jeune femme baissa les yeux en soupirant.
- Je peux finir de manger ?
- Oui. Mais ne fais pas cette tête là, ce n'est pas grand-chose.
- Parle pour toi ! Je déteste l'escalade, et tout ce qui touche de près ou de loin au vide.
- Dommage, mais c'est un passage obligé.
- T'en fais pas, le vertige disparaît avec l'expérience,
la rassura Lyham en lui mettant la main sur l'épaule.
- Humhum...
- Quel air résigné, ça fait plaisir.
- Gnagna.
- Allez, dépêche-toi,
s'esclaffa Zam en tournant les talons. Je t'attends à l'endroit habituel.
« Encore ! » pensa Leah avec mauvaise humeur. Elle avait déjà pratiqué cette voie plusieurs fois.
- Il est carrément sadique, pesta-t-elle en rejetant sa chaise. Vous avez vu comme il était heureux rien qu'à l'idée de me voir galérer ?
- C'est juste ton sale caractère qui le fait rire.
- C'est toi le sale caractère Alinoé !
- Moi je ne râle pas alors qu'on m'offre la possibilité de devenir plus fort.
- Et de mincir
, renchérit Lyham.
- C'est pas en me prenant par les sentiments que ça marchera.
- Ah bon... Pourtant tu donnes tout ce que tu as pendant les entraînements où Zam est là, non ?
Demanda la jeune femme en jouant avec une de ses mèches ébène, l'air de rien.
Leah ne se laissa pas démonter et répondit du tac au tac :
- Plus je m'applique et plus vite je m'en vais ! J'suis pas maso !
- Oh, alors si c'est ça...
- Parfaitement. Maintenant j'y vais avant de me faire lobotomiser.
- Oui, oui, bon courage !


Leah commençait à bien se repérer dans les innombrables couloirs, souvent vides, du bâtiment. Se rendre à l'extérieur ne lui posait plus aucun problème, pour la bonne raison que Zam tenait à l'entraîner à l'extérieur, là où il y avait de la place et où on pouvait les observer. Pourquoi se refusait-il à aller dans la salle d'armes était un grand mystère.
Elle tourna à l'angle de l'infirmerie en songeant aux insinuations de son amie. Ca la dérangeait. Elle ne savait pas exactement où situer son cher commandant tyrannique et sadique dans l'échelle de ses préférences. Même si, chaque jour, elle s'en faisait une idée un peu plus précise.

- Tu es en retard.
Leah leva un regard d'excuses vers le jeune homme et se mit à prier intérieurement. Une minute de retard signifiait dix minutes d'entraînement en plus.
- De cinq minutes.
- Oh la vache...
- Je ne te le fais pas dire. Mais visiblement, tu es née sous une bonne étoile, parce que je n'ai pas une heure de plus à t'accorder.

Leah soupira de soulagement.
- Alors aujourd'hui, tu vas tout simplement grimper sur le toit.
Trop simple. Il y avait anguille sous roche.
- Sans corde ni harnais.
Ah. Forcément.
- C'est dégueula-
- C'est ta faute,
la coupa Zam dans son indignation. Tu t'y mets tout de suite.
- A vos ordres, chef.
- Et sans râler.
- Ouiii chef !


Autant dire tout de suite qu'elle allait y laisser sa peau. Jamais elle n'avait grimpé plus de deux mètres sans harnachement, et encore, il s'agissait d'un arbre tapissé de branches. Là, c'était totalement différent. Là... La surface du bâtiment était très lisse, avec très peu de défauts, et très raide.
- Alors ?
- Adieu, Zam.
- Ne sois pas si pessimiste !
sourit-il.
- Oh si. Je vais me retrouver décalquée par terre dans deux minutes, tu vas voir...
- Mais non.
- Mais si. Et en plus ça t'amuse !

Pour toute réponse, Zam s'esclaffa de plus belle et s'adossa au mur.
Cette attitude était singulière, venant de lui. D'ailleurs, elle disparut aussitôt après que Leah fut tombée pour la première fois, à une hauteur proche du premier étage. Elle retint de justesse un gémissement, et se remit debout avant même que le jeune homme ait le temps de venir la relever et de s'inquiéter pour elle.
Ses jambes flageolaient après la chute, mais Leah fit mine de rien. Elle avait encore sa fierté, et comptait bien prouver qu'elle était capable de beaucoup.
Elle se remit donc au travail.
Changement de méthode.
Leah s'accroupit presque, le regard rivé sur le rebord d'une petite fenêtre. Flexion, extension. Propulsion. Les mains de la jeune femme s'agrippèrent fermement à la prise. Elle resta quelques secondes suspendue dans le vide pour reprendre ses esprits, puis se hissa entièrement sur le rebord de la fenêtre. Ouverte.
Lyham l'observait d'un air amusé.
- Tu vois que tu aimes bien !
- Faux !
Rétorqua-t-elle à voix basse. Ce taré me fait monter sans rien !
- Dur...
- Merci de ton soutien, j'adore. J'y retourne avant qu'il me force à redescendre pour emprunter une autre voie.

Et elle laissa Lyham là, complètement hilare. Elle l'aimait bien, cette fille.

Glissement. Hurlement. Quand même, depuis le deuxième étage, c'est dangereux.
- Leah, reprends-toi ! Cherche une prise !
- Tu crois que je fais quoi là ? Du tennis !?

Néanmoins, la voix un tantinet inquiète qu'elle avait bien cru entendre lui redonna du courage. La jeune femme ferma les yeux. C'était toujours plus facile ainsi. Ne pas regarder le vide. Une aspérité dans la roche incurvée lui apparut, et Leah y engouffra son pied. Quelques centimètres de gagnés.
Elle ouvrit les yeux. Ne. Pas. Regarder. En. Bas.
Aïe.
Trop tard.
Un regard vers le haut. L'un des pics qui hérissait la bâtisse en forme de coquillage lui tendait les bras. Leah examina rapidement les environs en s'invectivant au calme. Ses membres commençaient à échapper à son contrôle, et il ne fallait surtout pas qu'elle fasse une erreur maintenant.
Au sol, Zam était silencieux.
Leah réalisa très vite que le seul moyen d'atteindre cette prise facile qui l'emmènerait au terme de son ascension était de sauter.
Holà.
Non. Non, non et non. C'était physiquement impossible. Pas question de jouer à Tarzan dix mètres au-dessus du sol. Hors de question.
- Je suis bloquée !
- Saute !
- Nan !
- Sinon tu fais la désescalade en plus !

Bon.
Inspiration. Elan et... Non.
- Je peux pas !
- C'est juste que tu ne veux pas !
- Je vais m'écrabouiller par terre !
- Je suis là exprès pour te rattraper, Leah.
- Raison de plus !
- Bonjour la confiance.
- Comme tu dis.


En réalité, Leah avait une grande confiance en Zam, et elle râlait juste pour la forme.
Bon. Cette fois-ci, elle allait le faire.
Inspiration. Elan et...
- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !
Ses bras semblèrent sur le point de s'arracher à ses épaules tandis que les mains de la jeune femme entourèrent le pic minéral. Sans se laisser le temps de souffler, et parce qu'elle n'avait envie de rester davantage suspendue de la sorte, Leah investit ses dernières forces pour se hisser sur la partie la plus plane de l'édifice.
Elle s'affala sur la surface fraîche et ferma les yeux se soulagement, les mains encore fébriles. Elle entendit vaguement les appels de Zam, avant que ceux-ci ne se taisent et laissent la jeune femme seule avec sa peur. Elle ne se faisait pas de souci pour regagner l'intérieur. Le toit était équipé d'une trappe qui permettait d'accéder aux archives, juste sous le toit, avant de rejoindre les étages habitables.
- Pourquoi tu ne m'as pas répondu ?
Leah sursauta violemment et s'assit, juste à temps pour voir Zam qui se postait juste à côté. Et il n'avait pas l'air content. Il était monté en l'espace d'une minute.
- Plus... de souffle.
- Ne me laisse pas m'inquiéter comme ça.
- Genre. Si j'étais tombée, tu l'aurais entendu.
- Je ne parle pas forcément d'une chute. Tu t'es très bien débrouillée. Mais tu aurais pu t'évanouir.
- Hm. J'ai mis combien de temps ?

- Une petite dizaine de minutes.
Leah posa sa tête sur ses genoux, épuisée et découragée.
- Ca ira pour cette fois. Tu peux rentrer te reposer.
- C'est vrai ?
Demanda-t-elle en ouvrant de grands yeux surpris.
- Ben oui, se contenta de répondre Zam en haussant les épaules.
- Merci... Soupira la jeune femme, réellement reconnaissante, avant de se diriger d'un pas mal assuré vers la trappe.
- Tu t'améliores étonnamment vite.

Leah sourit, surprise de ce compliment. Tout compte fait, elle l'appréciait quand même un peu.



TADAAAAAAAAM !!!!
Aloooors ? Dites-moi tout (tout tout vous saurez tout sur Sarkozy son air cocu de parvenu #baf#)




Tiphs_________


# Posté le dimanche 23 mars 2008 08:45

Modifié le mercredi 25 juin 2008 09:44

.One Shot #8.1 .Battle Royale.

.One Shot  #8.1 .Battle Royale.


A tout ceux qui ont vu ou lu Battle Royale, cet OS en trois parties est pour vous.
J'ai respecté autant de choses que possibles, même si j'en ai modifié -bah oui, quand même.
Cet OS porte sur Kazuo Kiriyama, le gros malade de service. Dans le film, c'est un volontaire
psychopathe, dans le livre, c'est un génie chef de gang froid et indifférent. Dans les deux cas, il
tue sans état d'âme. Claaaasse ! J'utilise le Kazuo du livre, qui fait partie de la classe, mais les
photos viendront du Kazuo du film, franchement beautiful XD Pour ceux qui ne savent pas quelle tête
il a dans le manga: ici



Le salaud !

Si j'avais su, je me serais suicidée, tant que je le pouvais encore. Quitte à mourir, autant que je puisse en choisir moi-même la façon, pas comme cette pauvre Megumi que j'ai retrouvée égorgée. Qui a fait ça, je m'en moque. Le spectacle de sa tête, rattachée à son corps par un minuscule morceau de peau, ses yeux révulsés, sa bouche tordue dans un rictus d'horreur, le sang partout... ce spectacle me donnait la nausée.

En temps normal, j'aurais vomi, et je serais tombée dans les pommes.
Mais depuis que nous sommes sur cette île, je ne m'étonne plus de rien. J'ai seulement pris conscience de l'absence de limite à la cruauté des hommes. De la folie furieuse de notre gouvernement.
Quand Monsieur Kitano nous a expliqué ce qu'étaient les colliers autour de notre cou et ce à quoi nous étions obligés de nous livrer, j'avais pensé à protester. Nous y avons tous pensé.
Nobu l'a fait.
Son collier a fait exploser sa tête.
J'en frissonne encore en y repensant. Ca ne fait qu'un jour que c'était arrivé, mais je perds la notion du temps je crois... Mais le souvenir de Nobu, de son regard implorant envers nous pour qu'on l'aide me revient constamment en mémoire.
Pourquoi nous sommes-nous reculés ? Pourquoi l'a-t-on laissé exploser sans lui adresser ne serait-ce qu'un regard amical ? Et surtout, pourquoi nous sommes-nous tous soumis à ce jeu stupide sensé nous apprendre les vraies valeurs de la vie ?
Parce qu'en faisant cela, nous nous assurions une mort immédiate. Kitano n'avait qu'à appuyer sur un bouton pour que la bombe de nos colliers ne se déclenche. Alors qu'en se soumettant docilement aux ordres, nous avions tous un espoir de s'en sortir.

Je ferme les yeux de toutes mes forces. Mes larmes coulent. C'est chaud, ça pique. J'ai sans doute trop pleuré. Mais ça fait du bien. Mes larmes, c'est tout ce qu'il me reste, avec la pensée intime que j'aurais dû avoir le courage de Nobu.

Nous étions quarante-deux. Ma classe. Celle avec laquelle j'ai fait tout mon collège. Après une journée de jeu, vingt-quatre sont déjà morts. Quelle bande d'idiots !
Comment pouvait-on, à notre âge, songer sérieusement à achever quelqu'un en lui lacérant l'entrejambe avec un couteau ? Quel plaisir y trouvait-on ? Toutes ces questions demeuraient pour moi sans réponses, même s'il était évident que nous voulions tous survivre.
L'amour et l'amitié ont-ils encore leur place dans un lieu où sa propre survie est en jeu ?
Jeu stupide !
Bien sûr, personne ne s'entendait avec tout le monde. Il y avait des désaccords. Des bandes. Le gang de Mitsuko Sôma, et celui de Kazuo Kiriyama.
Ce mec m'a toujours fait froid dans le dos, comme à la majorité de la classe. Personne ne lui parlait, et oser le contredire signait au moins notre mort. Au moins. Il toisait toujours les gens de manière hautaine, et quand il décochait un mot, il n'était jamais agréable à entendre. Un de ces types qui entrerait dans la mafia sans problème. Il était plutôt bon en classe, sans rien faire. J'étais la meilleure, même si je ne m'en vantais pas. J'avais conscience de la réputation que j'avais au sein du gang à cause de ça et des nombreux concours inter-collèges que j'avais remportés. Ca me faisait flipper, néanmoins je n'avais jamais été du genre à paniquer. Jamais. Jusqu'au jour où j'avais croisé son regard à lui. Plus jamais je ne suis sortie la nuit de peur de le croiser, plus jamais même je n'ai oser penser à Kiriyama.
Peut-être parce que je ne lui ai jamais parlé, que nos regards se fuyaient, comme si nos âmes étaient radicalement opposées... N'importe quoi ! Je divague !


Quoi de plus normal, en somme ? Ce petit enfoiré de Keita Lijima vient de me tirer dessus.
Et il ne m'a pas loupé, le salaud !
Pourtant, on s'entendait bien, je ne comprends pas...
Je n'allais pas lui faire de mal. J'étais cachée dans ce hangar, morte de trouille, depuis le début. Il est venu, et j'ai été tellement soulagée de le voir que j'ai sauté de joie.
Il a pris ça pour une attaque.
Le con.

C'est donc ça, le moteur de ce jeu... La peur...
La peur d'être tué si on ne tue pas sur le champ, si on hésite.
Je comprends, maintenant.
Quels salauds...

C'est étrange, mais je ne souffre pas. Pas trop. En fait, je ne sens déjà plus ma jambe. J'ai un peu froid.
Jamais je n'aurais pensé que mon sang puisse être aussi chaud... Mon uniforme doit être taché, maman va me tuer...
Non, c'est Lijima qui vient de te tuer, pauvre nouille !

Je ne supporte pas l'idée de ma propre agonie. J'aurais dû me suicider...
Mais bon, avouez qu'il n'est pas facile de se suicider avec une cuiller à café.
Si seulement c'était Kiriyama qui m'avait tuée... J'ai eu des échos, des échos inquiétants sur ses actes. Il tue comme il respire, il aime ça, et je présume qu'il ne fait pas souffrir trop longtemps. Du moins je l'espère.


* * *



Depuis quand étais-je allongée là ? Deux, trois heures ? Ma jambe me lançait désagréablement, je me sentais aussi impuissante qu'un pantin. J'avais mal. Peur aussi. Les fenêtres de l'entrepôt ne laissaient passer que quelques rayons de Soleil, et je sentis le froid m'envelopper. C'était un entrepôt classique, en tôles et en béton, grand, et vide. Sombre.
Comme la nuit qui arrivait lentement à ma rencontre...
Je commençais sérieusement à grelotter lorsque j'entendis des pas, tout proches, qui passaient l'entrée.
Qui que se fut, je priai pour qu'il m'achève !
J'étais étendue au beau milieu du hangar, on ne pouvait pas me manquer...

Un cliquetis. Infime.
Cela suffit à me faire ouvrir les yeux.
Je ne voyais pas très net, néanmoins j'aurais reconnu ce visage entre mille, pour ne l'avoir jamais regardé.
- Kiriyama... haletai-je, une joie immense fichée dans mon coeur.
Le canon de son arme était pointé sur moi. Je lâchai un misérable sourire.
- Tu as une mitraillette... Tu as eu de la chance... Moi... Moi j'ai eu une petite cuiller...
Je l'entendis, plus que je ne le vis, charger cette bande dont j'ignore le nom, qui permet de mitrailler. La même que Chewbacca.
- Merci, Kiriyama...
La détonation ne vint pas.
- Tues-moi... S'il te plait. De toute façon je vais mourir tu sais ?
- Je vois bien.

Je crus défaillir. Sa voix était tranquille, nonchalante, presque arrogante, et quand il s'approcha de moi je pus distinguer, non sans mal, la dureté de ses traits et la froideur de son regard. Je me forçai à respirer profondément. La douleur fut insoutenable, et je laissai échapper un gémissement d'agonie.
- Rin , commença-t-il.
Je ne décelai dans sa voix rien d'inquiétant. Je ne tiquai même pas en l'entendant utiliser mon prénom. Devant mon absence de réaction, il posa sa main sur mon épaule et me secoua légèrement.
- Akari Rin, cette zone va être interdite dans une heure. Tu dois partir.
- Tues-moi...
gémis-je. Par pitié...

Je sentis quelque chose passer dans mon dos, trop dense pour être du sang. Je mis du temps à comprendre qu'il s'agissait du bras de Kiriyama qui me soulevait, me remettait sur pieds avant de me soutenir par l'épaule.
- On va d'abord sortir d'ici. Et marche correctement, s'il te plait !
Sa voix était dure et froide, elle me glaçait les sangs mais je ne pouvais rien faire. Ma jambe blessée ne répondait plus, comme morte, et m'appuyer sur elle me garantissait une belle chute.
Je tentai de me libérer. Son bras me tenait aussi fermement que le collier m'empêchait de fuir.
Je fermai les yeux. Les garder ouverts était trop douloureux, au dessus de mes forces. Si seulement il avait accepté ma requête...
Mais jamais, de mémoire, je n'avais vu Kiriyama accepter la requête de quiconque.
- Alors, tu as quelqu'un dans ton univers ?
Si la question était déplacée dans un moment tel que celui-ci, je n'en n'avais nullement conscience.
Je savais parfaitement qu'il faisait juste la conversation, cependant je ne pu m'empêcher de trouver la tournure de la question jolie, sinon incongrue. Mon univers...
- J'avais... commençai-je lentement, mon absence de sang commençant à m'engourdir le reste du corps. Mort...
- Dans la classe ?

Je secouai lentement la tête. Grossière erreur: le vertige me saisit, et je me sentis partir en arrière.
Kazuo Kiriyama soupira.
Lorsque je rouvris les yeux, j'étais dans ses bras, et lui grommellait quelque chose sur les attaques et niania.
- Pourquoi... ? Demandai-je simplement.
- Ta gueule. Avale-ça, je te réveillerai, maugréa-t-il en me tendant une capsule bleue et blanche.
- Du poison... ?
- Oui.

Je le portai à ma bouche au prix d'un immense effort, sans doute véhiculé par mon désir d'en finir au plus vite. Cependant, je n'eus pas la force de l'avaler, et le laissai fondre sous ma langue.
Les ténèbres m'enveloppèrent enfin, et je souriai aux anges.
"Je te réveillerai" ???




To Be Continued . . .



# Posté le vendredi 25 avril 2008 17:29

Modifié le mardi 10 juin 2008 09:18