soit un peu mélangé entre livre et film. C'est normal s'il y a des incohérences.
Akari Rin n'existe pas, alors oui, c'est normal. Mais, merci, je connais Battle Royale
et je sais de quoi je parle.
Une douleur cuisante sur la joue.
Une autre lancinante quelque part dans ma jambe droite.
Une pulsation désagréable à la tête.
- RIN !
J'ouvris les yeux d'un coup. Les refermait. On m'avait giflé pour me réveiller. Je rouvris lentement les yeux, les laissant s'habituer à la lumière. D'abord flou, le lieu où je me trouvais m'apparu de plus en plus nettement, comme si j'effectuais une mise au point. J'étais dans une maison. Un peu miteuse, aux voilages jaunis, aux meubles poussiéreux, sur un lit.
Nouvelle mise au point.
Devant moi se tenait Kazuo Kiriyama. Une pensée m'atteignit comme un éclair.
- Ce n'était pas du poison ! Espèce de connard !
- La ferme ! Il y a des gens pas loin.
- Ben va les tuer, t'es si doué pour ça, Kazuo-kun !
- Si tu continues c'est toi que je vais tuer !
- Ne te gênes surtout pas !
Le seul souvenir qu'il me reste de ce qu'il s'est passé ensuite, c'est ce bruit de détonations, rythmées, sonores. Kazuo tirait.
Et il tirait sur quelqu'un.
Je ne répondis pas. A quoi bon lui expliquer ma vision des choses ? Nous étions au deuxième jour de jeu. Demain soir, tout serait terminé. D'ici demain soir, je serais morte, et j'avais l'intime conviction que ce serait mon sauveur qui me donnerait la mort.
- En fait, soupira-t-il, tu es une mauviette. Je me demande pourquoi je te protège.
Il m'ébourriffa les cheveux. Moi aussi, je me demandais pourquoi.
Mais d'une force...
- De toute façon, comment veux-tu que je tue quelqu'un avec ça ? Rétorquai-je en brandissant ma cuiller minuscule sous son nez. Il la fixa quelques secondes, de son regard froid et impénétrable, avant de me fixer à mon tour. Je retins avec difficulté un frisson.
- Pas de bol, remarqua-t-il. Si tu veux, je peux te prêter quelque chose.
J'eus envie de répondre "non, merci", mais avant même que l'idée ne germe dans mon esprit, il avait posé son sac et en sortait une collection impressionnante d'objets maléfiques.
- J'ai... commença-t-il. Un couteau de plongée, un mégaphone... Aussi inutile que ton truc. Des grenades, un sabre, un Nun-chaku, mais je doute que tu ne puisses tuer que toi avec ce machin... et... ça. Je crois que ça s'appelle un Colt Python. Quoi ?
De toute évidence, j'avais pâli, car il se releva et vint poser sa main sur mon front. Elles étaient très douces, tant dans leurs gestes que dans...
- Ta jambe te fait mal ?
Je secouai négativement la tête, avant d'y jeter un oeil et de remarquer qu'elle avait été nettoyée et bandée.
- Où... as-tu trouvé tout ça... ? Demandai-je.
J'aurai vraiment, mais alors vraiment aimé que ma voix fut plus assurée et plus forte que le lamentable glapissement qui s'était échappé de ma bouche.
- A ton avis ? Me répondit-il d'une voix indifférente.
- Tu les as volé à...
- Ne te fais pas plus bête que tu l'es, Rin. J'ai tué leurs propriétaires. Ne me regarde pas comme ça, c'est le jeu.
- Alors qu'est-ce que tu attends pour me tuer ?
- Ah, et j'ai oublié le gilet pare-balles, que je porte en ce moment. Très utile, vraiment.
- Kazuo !
Cette fois, j'avais réussi à hurler. Je ne réussi qu'à me prendre une peur monumentale lorsqu'il m'agrippa violemment le bras pour me faire taire.
- Tu veux qu'on nous tue ? Vociféra-t-il à voix basse. Que tu le veuilles ou non, c'est le jeu de tuer les autres. Soit il en reste un, soit il n'en reste aucun !
- Et celui qui restera sera toi, bien évidemment.
Il m'adressa un regard méprisant. Dehors, la lumière déclinait.
- J'ai tendu des fils autour de la maison. Tu peux dormir tranquillement.
Un long silence suivit sa phrase, sans que nos regards ne se quittent. Il paraissait ne pas s'en formaliser, comme toujours... Ce mur de glace.
- C'est gentil de me tuer dans mon sommeil, très gentleman. Vraiment.
- Qui as dit que je comptais te tuer ?
- Moi. Un seul ou aucun, tu vois ?
Il ne répondit pas, préférant charger sa mitraillette et jeter un oeil par la fenêtre.
J'avais beau être intelligente, l'attention qu'il me portait me dépassait complètement. Un mur de glace. Pouvais-je le faire fondre ?
- Akari ?
- Quoi ?
- Dors !
Je fermai les yeux malgré moi. J'étais contente qu'il ne me fasse pas souffrir, et attendit le sommeil. Autour de moi, les bruits de la nuit tombante devinrent saisissant, bourdonnant à mes oreilles. Je tentai pendant longtemps de discerner un bruit de lutte, des cris... Rien. Juste ma respiration sifflante, et celle de mon sauveur.
- Akari ?
Cette fois-ci, je ne répondis pas. Il voulait vérifier s'il pouvait passer à l'action ? J'allais me faire un plaisir de le surprendre en flag'. Je n'eus droit qu'à un soupir.
- Dors, petite lumière, dors...
Ca n'avait été qu'un chuchotement, un souffle à peine audible, mais je l'entendis aussi nettement qu'un son de cloche. Mon coeur accéléra. Akari signifiant Lumière, j'aurais pu penser à un jeu de mots douteux. Le ton sa voix ne m'en laissa pas le loisir. Il était persuadé que je m'étais endormie.
Le lendemain fut difficile. Kazuo avait décidé de bouger, pour "faire avancer le jeu". Je m'étais réveillée en vie.
- Tu es déçue parce que je ne t'ai pas tuée ?
Au souvenir de ses paroles, je n'osais le regarder en face.
- Oui.
- Tu tiens tant à mourir ?
- Bien sûr que non. Mais ça m'étonnerait que je m'en sorte. Pas comme ça.
- C'est sûr que le pacifisme ne sert à rien.
Je lui assenai un regard assassin.
- Justement. Je préfère mourir sans tuer personne. Au moins j'aurais bonne conscience.
- Mais tu mourras en imbécile.
- Mon pauvre Kiriyama, ce n'est pas contre nous qu'il faut se défendre, c'est contre ceux qui ont créé ce programme !
- Quoi qu'il en soit, nous n'avons plus le choix si nous voulons vivre. Les prochains, peut-être.
Je secouai la tête. Ridicule.
- Alors, tu prends une arme ?
Il me tendait le sabre, et je remarquai avec un frisson qu'il était maculé de sang.
- C'est le sang de qui, ça ?
- 'sais pas. Il y était déjà quand je l'ai pris.
Non. Non...
Un frisson encore plus fort me secoua, et je sentis les larmes s'amonceller à une vitesse effarante. Oh non, pas maintenant !
- Allez, c'est rien... Il a juste décider de jouer aussi. Il a perdu. Ne t'en formalises pas, ce n'est pas grave.
- C'était qui ?
- Aucune idée. Ils étaient tous ensemble, ils voulaient me coincer.
- Oh non !
D'un geste impulsif, je me cachai les yeux. Mes larmes en profitèrent pour couler, lourdes. Un groupe qui haïssait Kiriyama, il n'y en avait qu'un.
Deux bras passèrent autour de moi, quelque chose se posa sur mon crâne. Lorsque je compris qu'il s'agissait de lui, je tentai de maîtriser mes tremblements. En vain.
Au contraire, il s'amplifièrent, à un point tel que je sentis son étreinte se resserrer. Etrangement, je trouvais cela rassurant. Comme si rien ne pouvait m'arriver. Jamais.
Kitano avait annoncé vers midi que le rythme avait ralenti, et qu'il n'était pas content.
- Pauvre con, maugréai-je.
- Il t'entend.
- Je sais.
Nous marchions près des falaises, protégés par le couvert des arbres. Les sens aiguisés de Kazuo en éveil, nous traquions sa prochaine victime. Victime qui ne vint pas.
Rien. Aucun bruit.
Quelques cris au loin me firent pâlir et m'attirèrent le regard de mon compagnon de jeu.
Nous ne nous étions presque pas parlé après l'épisode dans la maison. Moi, j'avais plein de questions, mais lui évitait soigneusement de m'adresser la parole. Il marchait lentement pour ne pas me fatiguer et éviter de m'approcher.
Lorsqu'enfin il s'assit, juché sur une branche d'arbre pour scruter les alentours, j'étais en nage, et ma jambe tremblait tellement qu'elle s'était remise à saigner.
- En théorie, une fille a moins de chances de gagner qu'un garçon.
- Tu fais des théories, Akari ?
- Une fille est plus sensible. Elle ne tuera pas quelqu'un qui ne lui a rien fait.
Kazuo écoutait, j'en étais persuadée, bien que son regard soit fixé ailleurs.
- Yumiko et Yukiko ont voulu qu'on se rassemble. Je les ai entendues nous appeler. Lijima m'avait déjà tiré dessus, je n'ai pas pu y aller.
- Tu serais morte.
Je levai les yeux vers lui. On leur avait tiré dessus, je l'avais entendu à travers le...
- Le mégaphone ! m'écriai-je. C'était toi !
- Ne recommence pas. C'étaient des proies faciles.
- Je te déteste !
- Tant mieux, tant mieux...
Je respirais mal. Je ne faisais que commencer à réaliser l'oeuvre de mort que Kiriyama se plaisait à accomplir.
- Eh, ça va ?
Je ne répondis pas. Il me laissa le temps de me calmer avant de reprendre ma théorie et de me demander pourquoi les garçons étaient favoris.
- Il n'y a qu'à te regarder toi, et tous les mecs qui sont morts. Vous avez toujours voulu faire joujou avec des armes, des vraies armes qui font couler du vrai sang. C'est une bonne occasion de régler ses comptes...
- Les filles aussi le font.
- Et par la même occasion d'essayer d'abuser les filles, ou de tuer celles qui les ont jetés. Vive la fierté masculine.
- Tu généralises.
- Je sais. Mais à moins de tomber sur des mauviettes extra-sensibles, les mecs tirent sur tout ce qui bouge. Lijima m'a tiré dessus alors qu'on s'entendait bien. Je ne le menaçais même pas.
Je vrillai Kiriyama du regard.
- Toi non plus, je ne te menace pas. Au même titre que Yumiko et Yukiko, je suis une proie facile.
- Arrête avec ça.