.One Shot #8.2 .Battle Royale.

.One Shot  #8.2 .Battle Royale.
Pour prévenir les remarques de ceux qui croient tout savoir: C'est normal que tout
soit un peu mélangé entre livre et film. C'est normal s'il y a des incohérences.
Akari Rin n'existe pas, alors oui, c'est normal. Mais, merci, je connais Battle Royale
et je sais de quoi je parle.



Une douleur cuisante sur la joue.
Une autre lancinante quelque part dans ma jambe droite.
Une pulsation désagréable à la tête.

- RIN !
J'ouvris les yeux d'un coup. Les refermait. On m'avait giflé pour me réveiller. Je rouvris lentement les yeux, les laissant s'habituer à la lumière. D'abord flou, le lieu où je me trouvais m'apparu de plus en plus nettement, comme si j'effectuais une mise au point. J'étais dans une maison. Un peu miteuse, aux voilages jaunis, aux meubles poussiéreux, sur un lit.
Nouvelle mise au point.
Devant moi se tenait Kazuo Kiriyama. Une pensée m'atteignit comme un éclair.
- Ce n'était pas du poison ! Espèce de connard !
- La ferme ! Il y a des gens pas loin.
- Ben va les tuer, t'es si doué pour ça, Kazuo-kun !
- Si tu continues c'est toi que je vais tuer !
- Ne te gênes surtout pas !

Le seul souvenir qu'il me reste de ce qu'il s'est passé ensuite, c'est ce bruit de détonations, rythmées, sonores. Kazuo tirait.
Et il tirait sur quelqu'un.


* * *

- Si tu veux rester avec moi, Akari, il va falloir que tu te bouges le cul pour tuer !
Je ne répondis pas. A quoi bon lui expliquer ma vision des choses ? Nous étions au deuxième jour de jeu. Demain soir, tout serait terminé. D'ici demain soir, je serais morte, et j'avais l'intime conviction que ce serait mon sauveur qui me donnerait la mort.
- En fait, soupira-t-il, tu es une mauviette. Je me demande pourquoi je te protège.
Il m'ébourriffa les cheveux. Moi aussi, je me demandais pourquoi.
Mais d'une force...

- De toute façon, comment veux-tu que je tue quelqu'un avec ça ? Rétorquai-je en brandissant ma cuiller minuscule sous son nez. Il la fixa quelques secondes, de son regard froid et impénétrable, avant de me fixer à mon tour. Je retins avec difficulté un frisson.
- Pas de bol, remarqua-t-il. Si tu veux, je peux te prêter quelque chose.
J'eus envie de répondre "non, merci", mais avant même que l'idée ne germe dans mon esprit, il avait posé son sac et en sortait une collection impressionnante d'objets maléfiques.
- J'ai... commença-t-il. Un couteau de plongée, un mégaphone... Aussi inutile que ton truc. Des grenades, un sabre, un Nun-chaku, mais je doute que tu ne puisses tuer que toi avec ce machin... et... ça. Je crois que ça s'appelle un Colt Python. Quoi ?
De toute évidence, j'avais pâli, car il se releva et vint poser sa main sur mon front. Elles étaient très douces, tant dans leurs gestes que dans...
- Ta jambe te fait mal ?
Je secouai négativement la tête, avant d'y jeter un oeil et de remarquer qu'elle avait été nettoyée et bandée.
- Où... as-tu trouvé tout ça... ? Demandai-je.
J'aurai vraiment, mais alors vraiment aimé que ma voix fut plus assurée et plus forte que le lamentable glapissement qui s'était échappé de ma bouche.
- A ton avis ? Me répondit-il d'une voix indifférente.
- Tu les as volé à...
- Ne te fais pas plus bête que tu l'es, Rin. J'ai tué leurs propriétaires. Ne me regarde pas comme ça, c'est le jeu.
- Alors qu'est-ce que tu attends pour me tuer ?
- Ah, et j'ai oublié le gilet pare-balles, que je porte en ce moment. Très utile, vraiment.
- Kazuo !

Cette fois, j'avais réussi à hurler. Je ne réussi qu'à me prendre une peur monumentale lorsqu'il m'agrippa violemment le bras pour me faire taire.
- Tu veux qu'on nous tue ? Vociféra-t-il à voix basse. Que tu le veuilles ou non, c'est le jeu de tuer les autres. Soit il en reste un, soit il n'en reste aucun !
- Et celui qui restera sera toi, bien évidemment.

Il m'adressa un regard méprisant. Dehors, la lumière déclinait.
- J'ai tendu des fils autour de la maison. Tu peux dormir tranquillement.
Un long silence suivit sa phrase, sans que nos regards ne se quittent. Il paraissait ne pas s'en formaliser, comme toujours... Ce mur de glace.
- C'est gentil de me tuer dans mon sommeil, très gentleman. Vraiment.
- Qui as dit que je comptais te tuer ?
- Moi. Un seul ou aucun, tu vois ?

Il ne répondit pas, préférant charger sa mitraillette et jeter un oeil par la fenêtre.
J'avais beau être intelligente, l'attention qu'il me portait me dépassait complètement. Un mur de glace. Pouvais-je le faire fondre ?
- Akari ?
- Quoi ?
- Dors !


Je fermai les yeux malgré moi. J'étais contente qu'il ne me fasse pas souffrir, et attendit le sommeil. Autour de moi, les bruits de la nuit tombante devinrent saisissant, bourdonnant à mes oreilles. Je tentai pendant longtemps de discerner un bruit de lutte, des cris... Rien. Juste ma respiration sifflante, et celle de mon sauveur.
- Akari ?
Cette fois-ci, je ne répondis pas. Il voulait vérifier s'il pouvait passer à l'action ? J'allais me faire un plaisir de le surprendre en flag'. Je n'eus droit qu'à un soupir.
- Dors, petite lumière, dors...
Ca n'avait été qu'un chuchotement, un souffle à peine audible, mais je l'entendis aussi nettement qu'un son de cloche. Mon coeur accéléra. Akari signifiant Lumière, j'aurais pu penser à un jeu de mots douteux. Le ton sa voix ne m'en laissa pas le loisir. Il était persuadé que je m'étais endormie.



Le lendemain fut difficile. Kazuo avait décidé de bouger, pour "faire avancer le jeu". Je m'étais réveillée en vie.
- Tu es déçue parce que je ne t'ai pas tuée ?
Au souvenir de ses paroles, je n'osais le regarder en face.
- Oui.
- Tu tiens tant à mourir ?
- Bien sûr que non. Mais ça m'étonnerait que je m'en sorte. Pas comme ça.
- C'est sûr que le pacifisme ne sert à rien.

Je lui assenai un regard assassin.
- Justement. Je préfère mourir sans tuer personne. Au moins j'aurais bonne conscience.
- Mais tu mourras en imbécile.
- Mon pauvre Kiriyama, ce n'est pas contre nous qu'il faut se défendre, c'est contre ceux qui ont créé ce programme !
- Quoi qu'il en soit, nous n'avons plus le choix si nous voulons vivre. Les prochains, peut-être.

Je secouai la tête. Ridicule.
- Alors, tu prends une arme ?
Il me tendait le sabre, et je remarquai avec un frisson qu'il était maculé de sang.
- C'est le sang de qui, ça ?
- 'sais pas. Il y était déjà quand je l'ai pris.

Non. Non...
Un frisson encore plus fort me secoua, et je sentis les larmes s'amonceller à une vitesse effarante. Oh non, pas maintenant !
- Allez, c'est rien... Il a juste décider de jouer aussi. Il a perdu. Ne t'en formalises pas, ce n'est pas grave.
- C'était qui ?
- Aucune idée. Ils étaient tous ensemble, ils voulaient me coincer.
- Oh non !

D'un geste impulsif, je me cachai les yeux. Mes larmes en profitèrent pour couler, lourdes. Un groupe qui haïssait Kiriyama, il n'y en avait qu'un.
Deux bras passèrent autour de moi, quelque chose se posa sur mon crâne. Lorsque je compris qu'il s'agissait de lui, je tentai de maîtriser mes tremblements. En vain.
Au contraire, il s'amplifièrent, à un point tel que je sentis son étreinte se resserrer. Etrangement, je trouvais cela rassurant. Comme si rien ne pouvait m'arriver. Jamais.


Kitano avait annoncé vers midi que le rythme avait ralenti, et qu'il n'était pas content.
- Pauvre con, maugréai-je.
- Il t'entend.
- Je sais.


Nous marchions près des falaises, protégés par le couvert des arbres. Les sens aiguisés de Kazuo en éveil, nous traquions sa prochaine victime. Victime qui ne vint pas.
Rien. Aucun bruit.
Quelques cris au loin me firent pâlir et m'attirèrent le regard de mon compagnon de jeu.
Nous ne nous étions presque pas parlé après l'épisode dans la maison. Moi, j'avais plein de questions, mais lui évitait soigneusement de m'adresser la parole. Il marchait lentement pour ne pas me fatiguer et éviter de m'approcher.
Lorsqu'enfin il s'assit, juché sur une branche d'arbre pour scruter les alentours, j'étais en nage, et ma jambe tremblait tellement qu'elle s'était remise à saigner.
- En théorie, une fille a moins de chances de gagner qu'un garçon.
- Tu fais des théories, Akari ?
- Une fille est plus sensible. Elle ne tuera pas quelqu'un qui ne lui a rien fait.

Kazuo écoutait, j'en étais persuadée, bien que son regard soit fixé ailleurs.
- Yumiko et Yukiko ont voulu qu'on se rassemble. Je les ai entendues nous appeler. Lijima m'avait déjà tiré dessus, je n'ai pas pu y aller.
- Tu serais morte.

Je levai les yeux vers lui. On leur avait tiré dessus, je l'avais entendu à travers le...
- Le mégaphone ! m'écriai-je. C'était toi !
- Ne recommence pas. C'étaient des proies faciles.
- Je te déteste !
- Tant mieux, tant mieux...

Je respirais mal. Je ne faisais que commencer à réaliser l'oeuvre de mort que Kiriyama se plaisait à accomplir.
- Eh, ça va ?
Je ne répondis pas. Il me laissa le temps de me calmer avant de reprendre ma théorie et de me demander pourquoi les garçons étaient favoris.
- Il n'y a qu'à te regarder toi, et tous les mecs qui sont morts. Vous avez toujours voulu faire joujou avec des armes, des vraies armes qui font couler du vrai sang. C'est une bonne occasion de régler ses comptes...
- Les filles aussi le font.
- Et par la même occasion d'essayer d'abuser les filles, ou de tuer celles qui les ont jetés. Vive la fierté masculine.
- Tu généralises.
- Je sais. Mais à moins de tomber sur des mauviettes extra-sensibles, les mecs tirent sur tout ce qui bouge. Lijima m'a tiré dessus alors qu'on s'entendait bien. Je ne le menaçais même pas.

Je vrillai Kiriyama du regard.
- Toi non plus, je ne te menace pas. Au même titre que Yumiko et Yukiko, je suis une proie facile.
- Arrête avec ça.






To Be Continued . . .



# Posté le vendredi 25 avril 2008 18:29

Modifié le mercredi 25 juin 2008 11:56

.One Shot #8.3 .Battle Royale.

.One Shot  #8.3 .Battle Royale.


La journée avait été calme. Nous n'avions croisé personne, et Kazuo avait décidé de revenir passer la nuit ici, à l'abri. Les zones interdites étaient tout proches, mais celle dans laquelle nous nous trouvions n'était pas concernée. J'étais à l'intérieur, harassée et meurtrie à cause ma jambe, vidée de mes forces. Lui était parti vérifier le coin. Seule dans le crépuscule, je me surpris à sursauter au moindre bruit. Mon c½ur failli s'arrêter de battre et je dus plaquer mes mains sur ma bouche lorsque me parvinrent, tout près d'ici -peut-être derrière la maison- des éclats de voix. Une voix féminine et menaçante. Je fermai les yeux un bref instant, avant de m'emparer de mon sabre et de me coller au mur. Par la fenêtre, je ne vis rien.
Un rire. Un cri, puis un autre. Des bruits de course effrénée, une chute, un hurlement.
Puis le silence revint.
Tout cela avait duré une minute tout au plus, ça m'avait semblé des heures. Je tremblais de tous mes membres. Que s'était-il passé ? Qui était mort ? Combien étaient les autres ? Je me figeai de nouveau. Des pas venaient de retentir à l'intérieur. Mon c½ur s'emballa, et je levai mon sabre au-dessus de moi. Prête à me défendre.
Toc. Toc. Toc.
Ils étaient rapides et se rapprochaient. Je me plaquai davantage contre le mur. J'avais peur. Très, très peur. La peur. Cette putain de peur qui allait me forcer à ce que je me refusais à faire depuis deux jours. Tuer.
Les pas s'arrêtèrent quelques instants, et je savais que quelqu'un était juste sur le pas de ma porte. Un frisson glacé me parcouru le dos, et je dus lutter pour ne pas m'enfuir en courant.
La personne fit un nouveau pas pour entrer dans la pièce. J'abattis mon sabre. Elle ne l'évita que par un prodigieux réflexe et pointa sa mitraillette. Sa... ?
- Kazuo ! M'exclamai-je en le reconnaissant.
Il me serra contre lui de toutes ses forces et enfoui son visage dans mes cheveux. Pressant. Inquiet.
- Rin ! Tu n'as rien...
Il était essoufflé, et son uniforme était taché de sang.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Qui c'était ?
- Sôma.
- Mitsuko ?!
- Ne t'inquiète pas. C'est terminé.

Je raffermis ma prise sur son dos, me heurtant à la signification de sa phrase. Encore une victime. Comme s'il avait compris, il se mit à me caresser les cheveux, geste apaisant qui n'atténua cependant pas mes tremblements. Nous restâmes longtemps ainsi, plus gênés du tout par cette proximité incongrue.
Il me sembla qu'on me portait jusqu'au lit, mais, dans ma détresse fiévreuse, je n'y prit pas garde et m'endormit aussitôt, enveloppée dans un écharpe chaleureuse.

* * *


Lorsque j'ouvris les yeux, mon regard eut la surprise de tomber sur le visage de Kazuo, tout près du mien. Je souris malgré moi.
- C'est le dernier jour, dis-je en le regardant. Que vas-tu faire ?
- Trouver les autres.

Je ne répondis pas, bien consciente que d'ici ce soir je serais morte. En dépit de tout, je commençais à espérer que tout s'arrêterait avant la fin, qu'ils interrompraient le jeu, ou que nous trouverions un moyen de nous en sortir tous les deux.
Je n'avais pas envie de le quitter. Je ne voulais pas qu'il me tue.
Comme s'il avait deviné mes pensées, il se mit à jouer avec une de mes mèches rebelles -il commençait à y en avoir beaucoup- et me dit d'une voix sérieuse:

- Je ne te tuerais pas.
- A qui demanderas-tu de le faire, alors ?

Son absence de réponse me donna la mienne.
- On trouvera un moyen...

A midi, l'appel de Kitano nous apprit ce que nous attendions avec impatience, bien que les raisons en soient différentes: le nom et le nombre des morts. Nous n'étions plus que trois. Keita Lijima n'en faisait pas partie. Sous mon regard inquisiteur, Kiriyama céda:
- Je me suis occupé de Lijima ce matin. Tu dormais encore.

Nous nous trouvions au sommet d'une colline surplombant la forêt environnante. Il ne restait plus que nous deux, et Shûya Nanahara.
Shûya... il avait réussi à survivre jusqu'à maintenant ! Je jetai un ½il à Kazuo, il paraissait déterminé. Déterminer à éliminer Shûya. A gagner ce jeu.
A me tuer ?
Il tourna brusquement la tête et m'emprisonna du regard. Je me mis à frémir, secouée de vagues de frayeur. Il avait le même regard qu'avant.
- Ça y est, alors... commençai-je d'une voix résignée. Tu vas finalement me tuer...
- Idiote. Je vais aller tuer Nanahara.

Mon c½ur fit un bon dans ma poitrine. Ma gorge se noua atrocement, menaçant de me couper le souffle.
- Non !
- Quoi ?
- Ne fais pas ça... s'il te plait ! Je t'en prie, tu ne peux pas...
- Pourquoi ? Tu l'aimes ?
- Ne dis pas de bêtises ! Ce n'est pas lui mon univers ! Je l'aime, oui, en tant qu'ami ! Je ne veux pas que tu le tues !
- C'est dommage.
- Si on parvient à s'en sortir à deux, on le peut aussi à trois ! A moins que...
- Je ne te tuerais pas, Rin ! Est-ce que c'est clair ça ?
- Alors ne tues pas Shûya !

Il donna un coup de pied rageur sur ma jambe blessée. La douleur me déchira le corps, me précipitant au sol dans un cri atroce.
- Je suis navré, Rin, mais tu vas devoir rester là. Je vais aller tuer Shûya. S'il te trouve, il n'aura jamais la force de s'en prendre à toi. Je le sais.
- Non...
gémis-je.

Mais Kazuo Kiriyama était déjà loin.

Alors, c'était ainsi que tout allait finir ? Tous mes amis, tous mes camarades de classe avaient disparu. Shûya allait mourir à son tour, et, de tout ce petit monde avec lequel je me plaisais autrefois, il ne resterait que celui que j'avais toujours évité. Celui dont je n'avais jamais été proche. Que personne n'avait jamais vu sourire.
Celui qui m'avait aidée sur cette île, au cours de ce programme à la con avec ses putains de règles. Celui qui avait décimé la majorité de la classe d'un sang froid inhumain, et qui n'avait jamais levé la main sur moi.
Celui dont la mort, jusqu'alors, m'aurait fait le moins de peine. Celui à qui personne ne cherchait des noises, car il était reconnu comme génie en tout genres, la violence incluse.
Cet être froid et indifférent qui m'avait sourit, à qui je devais la vie. Ma survie.
Que se passait-il ? Que m'arrivait-il ?
J'en arrivais à avoir peur que l'affrontement ne tourne mal, et que Kazuo n'en réchappe pas. Que se passerait-il alors ? Shûya me tuerait-il ?
Et si -cette pensée m'arracha un frisson- aucun des deux ne s'en sortait ? S'ils s'entretuaient ? Je serais alors la dernière survivante, le vainqueur...
Je me relevai d'un seul coup.
Aucune douleur au monde n'aurait pu me forcer à m'immobiliser, alors qu'il était parti se battre.
Il cherchait quoi, cet abruti de mes deux ? A se faire tuer pour me laisser sauve ? Cette idée me paraissait absurde, néanmoins je la jugeais suffisamment plausible pour qu'il la mette à exécution. Beaucoup trop plausible.
Je courais aussi vite que possible, écartant à peine les branches qui me fouettaient le visage, dans la direction qu'il me semblait l'avoir vu prendre.
Un coup de feu. Différent de celui de sa mitraillette.
J'accélérai encore.

Je ne voulais pas qu'il meure !

Les bruits d'affrontement me parvinrent bientôt, et je me forçai à ralentir mon allure. Le temps de reprendre mon souffle, pas plus.
- Où est Akari !? Tu vas la tuer aussi ?
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas où elle est ?
- Je ne sais pas si je vais la tuer. Je sais où elle est.

Je pâlis malgré moi. La voix de Shûya était très faible et rauque, tandis que la sienne était immuable.
- Ecoute-moi, Kiriyama... Je suis persuadé qu'on peut trouver un moyen de s'en sortir ! Nous ne sommes plus que trois, arrêtons les combats... Unissons-nous... On peut réussir...
Sa voix s'éteignit.
J'essuyai ma joue d'un revers rageur. Il y eut un dernier coup de feu.
- Erreur, Nanahara. Nous ne sommes plus que deux.

C'est le moment que je choisis pour sortir de ma cachette. J'avais confiance, même si je pleurais à chaudes larmes.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Il me contemplait, visiblement énervé. Mon regard s'attarda sur le corps de Shûya, à quelques mètres de là. Je rivai mon regard dans celui de Kazuo. J'étais prête.
- A mon tour.
Il leva un sourcil.
- Tu veux gagner, non ? Assénai-je. Alors tue-moi.
- Ne sois pas ridicule.
- S'il y avait une chance pour que nous puissions en réchapper tous les deux, il y en avait aussi pour lui !
- Nanahara m'a attaqué.
- Menteur !
Explosai-je. Tu viens de dire que tu hésitais !
Il baissa la tête, mais j'étais loin d'être dupe.
- Arrête ça, Kazuo... Je sais que tu as fait équipe avec moi pour pouvoir mieux me tuer après... Même si j'ignore pourquoi tu m'as soigné, je me suis attachée à toi. Je suis incapable de te tuer, et je ne compte pas me suicider... Alors...
Je me mis à trembler. Il esquissa un pas vers moi. Je l'arrêtai d'un geste de la main.
- Peut-être que tu as voulu retarder ma mort parce que toi aussi, tu m'aimais bien... Je ne sais pas. Par contre je sais que je ne pourrais pas vivre comme si de rien n'était si je gagne. Toi, en revanche, tu... tu t'en remettras... Même de ma mort, tu t'en remettras.
Je lui adressai un pauvre sourire, auquel il répondit en s'approchant. Cette fois, je ne l'arrêtai pas.
- Je préfères que ce soit toi qui vive... C'est drôle, hein ? J'aurais jamais cru ça quand nous étions à l'école... Tu me faisais peur...
Il était arrivé à ma hauteur et me dévisageait. Son regard ne me paraissait plus aussi dur qu'avant lorsqu'il passa un bras dans mon dos, ramenant ainsi mon visage dans son cou.
- J'aurais vraiment aimé trouver une solution, commença-t-il.
La douleur qui me déchira le flanc ne me surpris même pas. Ma main se crispa sur son uniforme, un gémissement m'échappa.
Je me pliai en deux sous l'effet de ma blessure. Il l'avait fait.
Il m'allongea au sol, et je remarquai qu'il fuyait mon regard. Je portai ma main à sa joue, l'obligeant à me regarder avec le peu de forces qu'il me restait.
- Merci... murmurai-je. Merci pour tout ce que tu as fait...
Il avait les larmes aux yeux, même si son air était toujours aussi impassible.
- Tu ne vas pas pleurer pour moi, quand même ?
Ses mâchoires se crispèrent.
- Tu sais, je crois que je t'évitais parce qu'en fait, tu m'attirais... C'est bête, hein ?
Il caressa ma joue. Sa main me semblait d'une chaleur infernale, réconfortante pourtant.
- J'ai un peu mal... non, en fait, j'agonise... Mais comme tu es là, c'est comme si tu atténuais un peu cette douleur...
Je commençais à voir sérieusement flou, mais je luttai encore quelques instants. J'avais une dernière chose à lui dire.
- Tu sais... Ta question sur mon univers... Je vais te répondre... Mon univers... c'est toi, Kazuo. Tu es la seule personne qui en fasse autant partie...
Je le vis se pencher vers moi. Son autre main avait posé ma tête sur ses genoux. Ses lèvres furent d'une infinie douceur lorsqu'elles se posèrent sur les miennes. Je me laissais embrasser, incapable de lui répondre, mon c½ur lui dédiant ses derniers battements.
Quand il se redressa, il avait les yeux brouillés de larmes. Il me murmura un dernier "désolé", passa sa main dans mes cheveux. Je voulus lui dire de sourire, mais une chape d'obscurité m'enveloppa soudain.
L'image de Kazuo Kiriyama qui me pleurait fut la seule image que j'emportai avec moi au paradis.






Tiphs_________


# Posté le lundi 28 avril 2008 14:42

Modifié le mardi 22 juillet 2008 06:42

.One Shot #8.3 .Bienvenue à Sépia.

.One Shot  #8.3 .Bienvenue à Sépia.

J'ai écrit ce ONE SHOT le soir-même de mon admission à Sépia,
et ne l'ai pratiquement pas retouché en un an et demi.
Autant dire qu'il n'est pas top niveau écriture, mais je ne veux
pas le retoucher, il me rappelle trop de souvenirs.



Samedi 17 janvier 2007_______


6h45...

6h45 ??? Comment ça 6h45 ? Pour partir à 7h00 ? Pas possible !

- MAMAN !!! T'AS ENCORE OUBLIE L'HEURE !
- Salut ma grande, moi aussi ça va bien...
- Mais maman !!! On part quand ????
- Ton père dit qu'à 7h30 ça suffit largement.
- Ah bon ! Il me reste un quart d'heure, alors...



Règle N°1: Quand la pression tu as, pression ne rajoute surtout pas.
Comment ? Qui je suis ? Ah, ouais, pas con. Je suis une fille plutôt stressée, et certainement pas du matin. En haut de mon curriculum vitae, vous pourriez lire Tiphaine, 17 ans et demi, en terminale S (comme Sado-maso Sadique, Suicide ou Soulant). Aujourd'hui, à 11h, je joue ma vie.
Oui, c'est pour ça, la crise de nerfs dès le réveil. Enfin non.
Enfin, si, mais je ne joue pas ma vie. Je la défends. Oui, voila, c'était défendre, le mot. Explications: Il y a un mois, je suis allée à un salon étudiants, sans grande conviction puisque pour moi l'an prochain se résumait à grand batiment gris hostiles plein de gens totalement inconnus, j'ai nommé la Fac. Oui, il parait que ça s'appelle une Fac, ce genre de centre de détention. Mais à ce salon, j'ai découvert une école d'arts graphiques, Brassart/Sépia, sur Nantes. Ma première réflexion après avoir bavé sur les travaux exposés fut: Waw, Nantes ? Après les années obligatoires, il y a possibilité de faire une année de spécialisation dans l'animation. Vous savez, Pixar, Dreamworks... Mon rêve de petite fille, en fait. En y repensant, il est étrange que je ne me sois pas orienté dans le dessin plus tôt. J'y ai toujours été prédestinée plus qu'à n'importe quelle autre chose, et l'année de la terminale était en train de me le montrer très clairement. Quelqu'un comme moi n'aurait jamais le courage de faire encore sept ou huit ans d'études pour découper des chats.
J'avais ramené la doc chez moi sans grande conviction quant à l'enthousiasme de mes parents. C'est une école privée, rien à voir avec le scientifique et blablabla... je les entendais déjà, surtout mon père, me dire que ma place n'était pas là-bas. Mais non, ils m'ont soutenu, on a fait les démarches, reçu les précisions de l'entretien pour l'admission:
Chaque promotion compte vingt-cinq élèves, acceptés sur dossier et après entretien. Vous n'imaginez pas à quel point j'aimerais faire partie de ces vingt-cinq élus... Les dessins imposés n'étaient pas bien compliqués. Je les avais vite finies, et ma mère appelait pour le rendez-vous il y a exactement 16 jours. Le stress est monté de façon exponentielle depuis, et tout mon cercle d'amis sont au courant. En le répétant toutes les heures, c'est normal que ça imprime, me direz-vous.


Aujourd'hui, nous sommes le 17, CE 17 , où je dois me rendre à Nantes. Je monte en voiture le ventre vide. Je n'ai vraiment pas l'estomac à manger.

10h00: Le voyage a été trop rapide à mon goût. Pas à cause du stress, non; j'ai juste comaté durant tout le trajet. Grace au GPS, nous arrivons dans le centre ville de Nantes, et c'est là que je le vois: Un petit immeuble tout blanc et bleu, marqué "Sépia - Arts Graphiques" sur une plaque de métal. Il est toujours dix heures.
Vraiment rapide comme voyage.
Excellente idée de ma mère: aller manger un petit déj' au mac do. La gorge quand même un peu nouée, je m'avale deux pancakes, aucune boisson, de peur de tout dégobiller sur l'examinateur. Je ne sais pas vous, mais je ne crois pas que ça fait bonne impression, comme truc.

A 10h30, nous remontons en voiture pour se rapprocher de mon cimetière école.

10h45: Les BdN. Les Bouchons de Nantes. J'en ai vraiment besoin de ça, hein ?

10h55: ENFIN, on se gare. Je bondis et cours vers la porte. Un coup d'oeil sur la plaque, l'école est au premier étage. Je reporte mon attention sur la porte. Hem...
Houston, we have a problem.
Cette porte a un code pour entrer. Et j'suis même pas au courant !
Ma mère me rejoint, dans un état de stress pire que le mien. Juste histoire que ma fébrilité empire. Merci.
Je continue de regarder la porte, les murs, la rue, la porte.

- Il faut juste tirer !

Dieu, c'est toi ?

Ah, non. C'est un vieux monsieur (vieux... dans la cinquantaine quoi. OUI, d'accord, ce n'est pas vieux.) Il est au premier étage. Au... !?
L'ascenseur me rappelle celui qui menait chez mon grand père... Il sent le vieux, la résidence vétuste des années 70, avec les tapisseries orange et marron, très psychédélique... Les portes s'ouvrent sur le même vieux monsieur dans un bruit métallique.

- Bonjour mademoiselle...
Oh. Mon. Dieu...

- Installez-vous.

Je me laisse littéralement tomber sur la chaise, la bouche grande ouverte devant tous les dessins du couloir. Sur la porte du bureau dans lequel nous entrons, lui, ma mère et moi, il est écrit "Eric Lamour - directeur". Ah. Donc, c'est lui. Il me demande mon adresse, mon age, mon numéro de téléphone et si j'ai déjà pris des cours de dessin (Au passage, non. C'est pas bien ?) Ma mère va rester pendant l'entretien. Génial.
Mister Love regarde mon bulletin avec un air de fourmi contente (oui, parce qu'il a vaguement une tête de fourmi, je trouve), finit de remplir ses paperasses et me demande mes dessins.
TADA ! MOMENT FATIDIQUE !
Le cahier, d'abord.
Il en tourne les pages trois par trois, pour s'arrêter sur une fille qui boude, une danseuse qui... danse et une église norvégienne, faite au cours de mon tour de l'Europe, il y a trois ans.
"-Y a du boulot, ça se voit. Combien de temps ?" qu'il dit.
Il ouvre la pochette. Regarde chaque dessin avec attention. L'orage, la rose, l'elfe, les dragons, l'espèce de machin abstrait qui m'a pris l'équivalent de la durée du film Armageddon... Chacun d'eux m'apporte un peu plus d'appréhension. Devant les épreuves imposées, il sourit à la nature morte, chuchote un "très bien" à la synthétisation et rit à la stylisation. C'est vrai que "Tiphaine à Sépia-Brassart l'année prochaine why not ?" a de quoi faire rire. Surtout quand cette prétentieuse est en train de se liquéfier sous vos yeux.
Puis il est tombe sur un montage. Un des seuls que j'ai imprimé, au cas où, celui de ma soeur. Il le sort, l'éloigne, le rapproche, éloigne rapproche, repose.

- C'est magnifique...
- C'est ma soeur...


Et hop ! One point pour la gourdasse !

- Je parlais du graphisme. Je ne me serais pas permis de dire "ça" pour votre soeur.

Au moins, il sourit. Ironiquement, mais même.

- Vous avez de très bonnes tendances graphiques.

Silence.

- C'est très bien. Mon rendez-vous d'avant avait un dossier nettement moins bon que le vôtre.

Il referme mon dossier. Une "lecture" très éclair. Aïe aïe aïe. Il marmonne quelque chose comme "admise", et le note sur la feuille.
"Admise en prépa". Ah bah oui, c'est ça.
Il parait que plus un organe est loin du cerveau plus il faut de temps pour communiquer des informations. Hum... Vos yeux à vous se trouvent-ils au niveau des orteils, ou c'est moi qui suis mal formée ?

- Heu... ça veut dire que... je suis prise ?
- Oui oui, sinon je l'aurais pas marqué.


Ce qui nous fait un total de deux points pour la gourde.

- Ah... hein ? C'est vrai ???
- Si je vous l'dit !
- Heu... wahou.


A peine 15 minutes. Pas d'évaluation de culture G, pas de questions sur la motivation, j'ai le "truc qui fait que".

Et vas-y que je verse une petite larme (vive l'air con), que ma mère tente de ne pas en faire autant (air con au carré)... Lui il rigole bien, c'est certainement très drôle. Réglages des derniers détails, visite, et on repart.


20h46: Je souffre d'une exctinction de voix, de surdité de l'oreille droite et de tensions dans le dos.

MAIS.

Je suis prise à Sépia. Et ça, mes amis, c'est vraiment le pied.
\o/


Tiphs_________




En image, le fameux montage où je me suis ridiculisée. Aucun dessin de la prépa ne rend bien en photo.


# Posté le lundi 23 juin 2008 09:37

Modifié le mercredi 24 septembre 2008 16:32

.One Shot #8.3 .Birthday Present .

.One Shot  #8.3 .Birthday Present .

Je ne suis ni une plagieuse, ni une flemmarde.
Juste une fille en manque de temps qui est gaga du cadeau de ses 18 ans.

Mio, je ne te remercierai jamais assez pour ce One Shot qui a alimenté
mes pires fantasmes sur les hommes les plus virils qu'il soit xD
Et ! ON S'EN FOUUUUT ON EST LAAAA ! Tiens bon !




"Mais qu'est-ce que j'fous là ?


C'est la question que je me pose depuis déjà un certain temps. Au moins une minute. Nan mais c'est vrai quoi, comment j'en suis arrivée là ?

Faut que je me rappelle. J'étais au Japon, tranquille, et puis là...

Déjà, j'y foutais quoi au Japon hein ? Vous pouvez me le dire ? Moi non plus. Je ne me souviens plus. Quelle idée de venir au Japon !

J'étais donc au Japon, à Tokyo plus précisément, et puis... et puis, un jour je marchais tranquillement dans la rue. Bon, jusque là, rien de palpitant. Je marchais donc, tranquille, de cette démarche ondoyante de félin qui... non là, j'en fais trop. A un moment, à cause de l'étroitesse du trottoir (c'est vrai quoi, il dépassait pas les 10m), mais surtout de la densité de passants qui y circulaient, je me retrouve contrainte de marcher à côté d'une adolescente, qui avait l'air d'avoir le même âge que moi à peu près.

Si la vision de cette fille m'a frappé, c'est que, comme moi, elle n'arborait pas trop les couleurs typiques du pays. Enfin si, elle était jaune, mais des cheveux quoi. Comme je la regardais, elle a fini par tourner la tête vers moi et elle m'a esquissé un timide sourire. Elle avait l'air sympa. Un peu coincée et un peu maniaco-dépressive, mais sympa.

Et puis, à une bifurquation, je l'ai perdue de vue. Mais après tout, on s'en fout un peu non ? Et c'est là que, paf. Alors que je passe à côté d'une ruelle sinistre, j'entends qu'on appelle un nom. "Ana", je crois. Ce n'était absolument pas le mien, à priori, mais moi comme j'ai des réflexes bigrement malins, je me retourne machinalement. Et je me heurte au torse d'un mec grand (très grand), hyper mince, avec des énormes lunettes de soleil et une mèche brune qui lui mange la moitié de la figure. J'ai à peine le temps de dire « heeeu » que le type me pousse brutalement, sans que je puisse réagir, dans la ruelle à côté. La surprise passée, je me débats et j'essaie d'appeler à l'aide, mais il me tient bien l'empaffé. Et en plus, il a sa main sur ma bouche pour m'empêcher de crier.

Il y a une voiture garée pas loin, à l'abri d'un porche. Mon agresseur me balance sur la banquette arrière, j'ai à peine le temps de voir deux occupants. Il monte à côté de moi et le véhicule démarre.

Je me redresse afin d'observer le visage de marbre du type qui m'a kidnappée. Insondable, fermé comme une huître. Pas l'air très causant. Par réflexe, je tourne la tête de l'autre côté, et laisse échapper un hurlement de frayeur lorsque je me retrouve nez-à-nez avec un petit blond, lentilles dépareillées et vague tête de psychopathe. Non, FRANCHE tête de psychopathe. Tellement petit que je n'avais même pas détecté sa présence avant. En tout cas, il m'a fait peur le con...

J'inspire un coup. Normal que tu aies peur. On est en train de te kidnapper. Au secours maman ! On circule en plein milieu des grands boulevards de la ville. Je me mets à crier le plus fort possible, espérant qu'on m'entende à travers les parois de la voiture et le fracas de la circulation. Peine perdue. Le blond, qui jusque là n'avait pas ouvert la bouche, se met à s'énerver sans prévenir, frénétiquement, à la limite de l'hystérie. Non finalement, au-delà de la limite.

- QU'EST-CE QU'ELLE A A GUEULER CETTE CONNASSE AAAAH MAIS PUTAIN CA M'ENEEEERVE CAAAA !!!
- T'es jaloux parce que t'as trouvé quelqu'un qui gueule plus fort que toi ?
ricane d'un ton égal mon kidnappeur.

Ca t'énerve, mon petit ? Eh ben j'vais continuer, tiens. Non mais oh. Je pousse une deuxième série de hurlements stridents qui crispent apparemment tous les occupants de la voiture. Ca marche, le blond est fou de rage. Limite bave aux lèvres. Non finalement, au-delà de la limite...

- TA GUEULE SALOPE !! TA GUEULE OU J'TE DEFOOONCE SALE P...
- Ferme-la, Kyô.


Le ton est sans appel. Le dénommé Kyô ferme son clapet d'un seul coup. Ouf, quel calme d'un coup. La belle voix grave qui vient de faire taire ses braillements appartient au chauffeur, que je dévisage enfin, dans le rétroviseur.

Son visage est dur, insondable, et ses noirs yeux calmes observent la route fixement. Est-il beau ? Moui, plutôt. Il a surtout un magnétisme... Un charme... Qui me fascinent, me... Hophop l'escalope, on se calme là !

Au bout d'un long trajet, on arrive dans un appart immense, décoré style vieille france. Etonnant. Et un peu sinistre aussi. Deux types nous y attendent. Deux types, que dis-je. Un mec avec des cheveux rouge pétard et l'air vaguement effrayant, et une femme très élégante, très maquillée. En tout cas le mec à moumoute rouge a pas l'air de rigoler. Ses yeux de killer monomaniaque sont cernés d'un noir très... très noir. La femme a déjà l'air plus... cool.

Le chauffeur de la voiture me pousse sans ménagement, je manque de me vautrer. Sympa. Apparemment le magnétisme n'est pas réciproque. Je dois avoir autant d'importance a ses yeux que... qu'une blatte, ou un cafard, ou « la petite goutte de salive au coin de la bouche quand on crève de soif... ». Un truc infime, quoi. Môssieu me balance donc là, et les deux autres s'avancent pour m'observer. C'est vrai que cet appartement est assez sombre.

Mr Red (on va la faire à la Reservoir Dogs) me relève brusquement la tête et lance un regard interrogateur à la femme. Celle-ci a l'air un peu surprise. Lorsqu'elle ouvre la bouche, c'est à mon tour d'être surprise. Sa voix est douce, mais pas ce qu'il y a de plus féminin... En fait, pour dire la vérité, elle a une voix de mec. En fait... En fait, je viens de capter un truc. C'est. Un. Mec.

- Mais... Mais ce n'est pas Ana ! s'exclame donc Mr Woman.
- Hein ?! s'écrient les autres d'une seule voix.

Ils se retournent alors d'un bloc (des merveilles de synchronisation) vers Mr Kidnapping. Celui-ci n'a pas l'air de comprendre ce qu'on lui veut.

- Ben quoi ?

Réalisant soudain qu'on est en intérieur, il retire ses lunettes de soleil. Je dois réfréner un pouffement de rire. Oh oh, Jean-Paul (Sartre) is coming back ! Sauf votre respect, monsieur Sartre. Non mais sérieux, vous avez déjà vu sa tronche à notre philosophe préféré ? Disons pour être gentille que... ses yeux... ont des points de vue divergents MOUAHAH - ok.

Il me dévisage soudain comme s'il me voyait pour la première fois, et hébété il s'exclame :

- Mais ! Mais c'est pas Ana !

Arhem.
Pas un rapide à la détente, apparemment. Mr Red s'approche de lui avec l'air du mec fou furieux qui se retient à grand peine (« retenez-moi, vous dis-je ! retenez-moi ou j'lui défonce la gueule ! »)

- Bravo, Toshiya, ironise-t-il. Rien ne t'échappe... Est-ce que tu pourrais m'expliquer ce que fait ici même, à cet instant, cette gamine qui n'est PAS Ana ?
- Oui, c'est vrai ça, j'aimerais bien le sav...
, commençai-je.
- TA GUEULE LA TRUIE ! hurle Mr Blond-Schizo-Autiste-Monomaniaque (lui il a droit à un nom composé, c'est mon chouchou).

Hm. Okay. Ca calme.

- Mais tu vas la fermer, Kyô ? répète Mr Chauffeur, l'air exaspéré, mais toujours très calme, très digne.

Quelle classe ce mec.

Si j'avais pas ma fierté personnelle, je me mettrai volontiers à ramper devant lui. Mais bon j'ai bien dit SI j'avais pas de fierté. Quand même, faut pas déconner non plus.

- Mais Toshiya, comment as-tu pu confondre ? lui murmure doucement Mr Woman. Apparemment il l'aime bien puisqu'il essaye de calmer le jeu (si j'avais su à ce moment à quel point il l'aime bien !)
- Je sais vraiment pas... Je suis sûr que c'est Ana que je suivais au début, et puis heu... Je sais pas, j'ai du me tromper en cours de route...

Tilt. Je me rappelle de l'ado qui avait marché à côté de moi sur quelques mètres. Ayant pitié de ces jeunes messieurs en galère, j'apporte gentiment le peu d'aide disponible.

- Ah, vous devez parler de cette fille blonde qui marchait à côté de moi à un moment... Vous avez du vous tromper à l'embranchement où on s'est séparées, vous avez suivi la mauvaise blonde... Peut-être que les lunettes de soleil ont pas trop aidé..., suggérai-je alors aimablement.

Les mecs me regardent bizarrement. Bah quoi ? Je remarque que Mr Red est encore en colère contre Mr Sartre.

- T'es vraiment con ! lui jette-t-il.
- Die, calme-toi, ça ne sert à rien de s'énerver... On va retrouver Ana, ce sera pas dur...
- Toujours à le défendre, Shinya !


Alors. Par ordre d'apparition. Toshiya. Kyô. Die. Shinya. Il n'en manque qu'un. Le seul qui m'intéresse, évidemment.

- Bon, heu... Je peux partir alors ?
- NAN !!


Ah. D'accord.

- Mais... Si c'est pas moi que vous cherchez..., insistai-je.
- C'est vrai Die, intervient Mr Chauffeur (oh seigneur, il me défend !). On s'en fout d'elle, je vois pas l'intérêt de la garder. (... no comment.)
- Tu vois pas ? Ben j'm'en fous. C'est moi qui commande.
- Oh oh, toi t'as fait ton service militaire avec Sarko hein ?


Ils me regardent tous comme si j'étais folle. Sauf Mr Sexy Chauffeur, qui ne prend même pas la peine de poser les yeux sur moi. Hmm, qué calor (ironie...).

- On la garde. Elle a intérêt à nous être utile.

Okay. Si je comprends bien, je suis la bienvenue. Je mets mes valises dans quelle chambre, alors ?





Voilà. Maintenant vous situez à peu près où j'en suis. Alors je répète maï kouechtyen :

Mais qu'est-ce que j'fous là ?



Ca fait déjà quelques jours que je suis intégrée à la joyeuse colonie. J'ai appris quelques trucs. Die est le chef (sans blague). C'est une bande de yankees, c'est-à-dire des sortes de gangsters, ils se font appeler les Cinq. Ana, c'est la petite amie du pire ennemi de la bande, un certain Matem. Kyô a l'air brièvement quand on le voit d'un taré psychopathe autiste, certes. Mais je tiens à vous rassurer : il suffit de le connaître pour... en être définitivement sûr.
Pas plus, je crois.

Ah, si.

Il s'appelle Kaoru.

Et il n'en a décidément rien, mais alors RIEN à faire de moi.

Et moi, je suis raide dingue de lui depuis le premier regard.


A croire que j'suis maso.



Plusieurs fois, Die a voulu me confier des missions, soit kamikazes soit d'infiltration à la façon « opération séduction » (tant de rimes en -on !). A chaque fois, l'un de la bande s'est interposé en décrétant sèchement que j'étais beaucoup trop inutile pour ça, et que j'allais les mettre dans la merde plus qu'autre chose. Je vous laisse deviner qui...

Je n'ai pas été si surprise en apprenant que Kaoru et Kyô étaient frères. Pour moi, ça expliquait tout. Ne cherchez pas à comprendre. Moi-même, en fait, je ne comprends pas trop.


Quoiqu'il en soit, à l'instant où je vous parle de ma situation plus-que-précaire (remarque vu l'emploi en France pour les jeunes je m'en sors pas si mal), à cet instant donc disais-je avant d'être grossièrement interrompue par moi-même (merci Desproges), je déambulais dans les rues.

Oui, ils me laissaient sortir. Nan mais j'admets que tout cela est bizarre, n'a aucun sens. Je me demande bien comment ça se fait. Et puis là, paf. A croire que c'est une malédiction.

Un type arrive en sens inverse (bon ok, jusque là rien de très anormal). Je pouffe de rire. Il a les cheveux verts fluo huhu. Il est accompagné de deux autres types. Les gars s'arrêtent net à mon niveau et me regarde. Moi, très naïve et toujours aussi affable :

- Oui ?

Les types ne répondent pas, mais en deux temps trois mouvements, je suis balancée dans une Subaru bleue qui se trouvait juste à côté et qui démarre en trombe sous l'oeil bovin des passants. Personne dans la rue ne réagit. Sympa.

En quelques jours, c'est déjà la deuxième fois qu'on me kidnappe, j'sais pas si vous en prenez bien conscience.


Je crois que j'ai une tête de victime.


Tout se déroule ensuite très vite. La Subaru s'élance sur les boulevards, mais elle est soudain coursée par une autre voiture (tadam !). Après une poursuite effrénée, la voiture de mes (nouveaux) agresseurs est si bousculée qu'ils sont contraints de s'arrêter. Ils descendent tous les quatre, je sens à leurs airs que ça rigole plus.

La portière du second véhicule s'ouvre et, au bout d'un temps qui me paraît infini, son chauffeur en descend. Toujours aussi classe, toujours aussi charismatique.

C'est lui.

Kaoru.

Qu'est-ce qu'il fout là ?


Je réalise soudain, glacée d'effroi, qu'il est seul. Seul contre quatre. Dans un élan spontané, et voyant qu'on ne s'occupe pas trop de moi, je fonce droit vers lui.

- Kaoruuuuuu ! (j'ai du crier un truc du genre)

Lui ne bouge pas, toujours aussi froid. Je suis presque à portée de main de lui, maintenant. Je vois même ses sourcils se froncer légèrement. Uh ?

Vif comme l'éclair, il m'empoigne soudain et me jette plus loin alors qu'une rafale de détonations éclate dans mon dos. Je mets un certain temps à comprendre. A comprendre qu'il vient de me sauver la vie.

Les balles m'ont frôlé, mais elles ne m'ont pas touché.

Lui, si.

Il titube, du sang commence à couler de ses plaies. Je pousse un cri de désespoir. Autour, je ne sais pas très bien ce qui se passe. C'est très confus. Les quatre autres des Cinq (vous suivez ?) jaillissent de nulle part, se confrontent aux autres. Il y a aussi la blonde qui arrive, mais elle se fait rembarrer par Mr Cheveux Verts qui lui dit en gros « bobonne rentre à la zonmai ». On nage en plein délire. C'est le bordel. J'pige rien. Mais franchement... J'm'en fous.


Parce que Kaoru agonise dans mes bras. Et il n'y a que ça qui me préoccupe à l'heure actuelle. Sa respiration est saccadée, ses yeux me regardent enfin. J'avais l'impression qu'il ne m'avait jamais regardé depuis le début. Ce contact visuel (ouaaich) me fait bizarre. Des larmes coulent de mes yeux. Il tend sa main vers mon visage.

- Désolé... Je... Je ne voulais pas... Il ne fallait pas qu'ils te tuent...
- Maaais maaais pourquooi ?
bêlai-je.
- ... Tu es si... précieuse à mes yeux... Pardon de ne pas te l'avoir dit plus tôt... Chaque fois que j'empêchais Die de t'envoyer en mission c'est parce que... j'avais peur de te perdre ou que... Je ne voulais pas qu'un autre te touche... Je... Pardon, Tiphaine... Tiphaine... Tiphaine ! TIPHAINE !

Heu ?

Il débloque grave, là.



Un choc sourd.

Damned, j'ai sûrement été blessée ! Tout tourne autour de moi, Tokyo semble happé dans une sorte de tourbillon intersidéral, Kaoru à l'agonie aussi. Je me mets à crier. Je l'entends toujours répéter « Tiphaine ! TIPHAINE ! ». Ca casse un peu le truc quand même... Oui, quoi ? Quoi ?
Deuxième choc sourd. Grmbl ?




Mon dieu. Que fais-je dans cet endroit inconnu ? L'hôpital sûrement. Un hôpital qui a des curieux airs de déjà vu...

- TIPHAAAINE !

Cette fois, la voix est distincte et proche. Et c'est pas vraiment celle de Kaoru... J'ouvre un oeil, je risque un regard par-dessus le lit dont je suis tombé. Qui est cette femme ? Ah oui, tiens donc, c'est ma mère.

- Ca fait un bout de temps que j'essaie de te réveiller...

Grmbl ? Je reprends péniblement pied dans la réalité...

- Ton réveil n'a pas sonné ? Lève-toi vite, il y a tes épreuves de TP bac aujourd'hui !!

GRMBL ?



MEEEEEEEEEEERDE.


Je bondis hors du lit comme une fusée. Reprends pied, bon sang. Aloreeeu, récapitulons. Je m'appelle Tiphaine, je n'ai jamais été au Japon. J'ai 17 ans... 17 ans ? Je regarde le soleil qui se lève par la fenêtre (diantre, je suis à la bourre !) et je me mets à sourire béatement.

Non.

18 ans.

Aujourd'hui. Le mardi 5 juin 2007.



18 ans. Toutes mes dents. Et une épreuve de TP, vlan.



Mio_________






Pour ceux qui n'ont rien compris, on va lire ici


K;
En effet, j'ai supprimé ton commentaire, mais ne t'y trompe pas, je n'ai pas été vexée, c'est plus pour éviter certaines réactions, comme tu avais prévu.

L'intérêt de l'OS précédent ? Oui, aucun, c'est ça. Pour vous, du moins, parce que c'est quand même un souvenir marquant pour moi, et je m'excuse de le publier égoïstement sur mon propre blog où je peux y accéder plus facilement que sur mon disque dur.
J'aime me souvenir de cette journée, parce qu'elle a changé beaucoup de choses, et si tout le monde s'en fiche, c'est pareil de mon côté.




Par ailleurs, vous avez sans douté remarqué que les mises à jour ne sont plus vraiment régulières...
Oui, désolée.
Je n'ai pas le temps.
La première année, c'est dur, c'est chiant, je m'en sors en bossant comme une dingue et en dormant 4h par nuit, sans sorties. Le couvent, j'vous dit.

A cause de ça, je me détache de plus en plus des blogs, des fictions et de l'écriture même, mais je n'y arrive plus.
Je ne peux pas vous garantir de suite, sur aucun blog.


Je vous avoue que j'en ai un peu marre, j'ai dû me lasser, sans doute.
Peut-être que ça reviendra.





# Posté le mercredi 24 septembre 2008 16:32

Modifié le mercredi 24 septembre 2008 16:59

GRANDE NOUVELLE




En attendant un hypothétique One Shot qui ne veut pas s'écrire tout seul (le fourbe),
j'ai le plaisir de vous annoncer que


ALLUNIA Ré-OUVRE SES PORTES !
en version réécrite, bande de veinards *baf*


STOP ! Pas si vite. Je sais que ça va en dégoûter certains, mais je n'ai pas le choix:
Le blog sur lequel elle est publiée est protégé par mot de passe. Ainsi, si vous le voulez, il suffit de m'envoyer un mail (vous savez, grâce au super lien en dessous de mon avatar) en me disant QUI vous êtes (le pseudo avec lequel vous signez, ou quel blog vous tenez, parce que je suis loin de connaître tout le monde) et je vous enverrai le mot de passe. Ou pas.
C'est là que ça va râler:

Les gens dont je n'ai jamais entendu parler, ceux qui n'auront pas signé ou ceux en qui je n'ai pas suffisamment confiance (oui, la confiance par le net, mais... mais pourquoi j'me justifie moi ?) n'auront pas ce mot de passe.

Oui, je suis désolée.



Bref, pour ceux qui le veulent, on clique sur le petit lien !


Tiphs.




Edit: hum, il semblerait qu'il faille un blog pour pouvoir m'écrire. DONC, si vous n'en n'avez pas, laissez moi tout simplement un commentaire avec votre adresse e-mail, que je puisse vous contacter, puis je le supprimerai si vous le voulez ^^
Oh, ça rime.


Vous avez vu ? Il y a 2 ans exactement que j'ai commencé à écrire Allunia...




# Posté le mardi 21 octobre 2008 15:47

Modifié le jeudi 18 décembre 2008 11:44